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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 7, janvier-février 2000 > DOSSIER : A la veille du XXXe congrès : où va le PCF ?

DOSSIER : A la veille du XXXe congrès : où va le PCF ?

Du parti révolutionnaire au parti gouvernemental

Mis en ligne le 1er février 2000 Convergences Politique

En 1920, une majorité des militants socialistes décide d’adhérer à la 3e Internationale. Mais dans la décennie qui suit, le parti est stalinisé et épuré selon les intérêts de la bureaucratie qui confisque le pouvoir en URSS.

D’où le paradoxe : pendant des décennies, le PCF a organisé des dizaines de milliers de travailleurs combatifs, luttant contre l’exploitation capitaliste et se réclamant du socialisme. C’est leur dévouement qui lui a donné un crédit politique dans de larges couches de la classe ouvrière, et lui a permis de le garder malgré bien des revirements. Mais chaque fois qu’il a partagé le pouvoir ça a été pour servir les intérêts de la bourgeoisie.

Juin 36 : il faut savoir terminer une grève

En 1935, le PCF constitue, avec la SFIO et le Parti radical, le Front Populaire sous l’injonction de Staline qui veut, face à l’Allemagne nazie, s’entendre avec les « démocraties » et favoriser des gouvernements bourgeois bienveillants à son égard.

Les élections sont favorables à la gauche mais le PCF renonce à tout ministère, moins pour ne pas se compromettre que pour ne pas effrayer la bourgeoisie. Pourtant une vague de grèves éclate juste après les élections. Pour ramener l’ordre, Blum, le chef socialiste du gouvernement fait lâcher au patronat les congés payés et la semaine de 40 heures. Mais c’est l’intervention du PCF qui est décisive pour faire reprendre le travail, souvent difficilement d’ailleurs. Thorez lance alors son fameux : « Il faut savoir terminer une grève ».

Juin 36 est une victoire, provisoire, de la classe ouvrière. Mais pour la première fois le PCF a permis à la bourgeoisie de limiter les dégâts et ainsi d’être en mesure de reprendre bien vite ce qu’elle avait concédé.

1944-1947 : il faut retrousser les manches

Dès 1943, De Gaulle fait entrer dans le gouvernement provisoire qu’il préside à Alger des représentants du PCF. Pour s’assurer que la population ne présentera pas la facture de toutes les souffrances subies pendant la guerre, il a besoin du PCF, à nouveau disponible pour cette tâche puisque l’URSS est une alliée.

Le PCF remporte 27% des voix en octobre 45. Il n’a jamais eu autant de poids politique. Il va l’utiliser pour imposer des sacrifices à la population : des conditions de travail très dures, des salaires rognés par l’inflation, le rationnement. Le PCF, ministres en tête, se lance dans « la bataille de la production ». Thorez déclare : « il faut produire et encore produire » et « la grève, c’est l’arme des trusts ».

En quarantaine mais responsable

De 44 à 47, le PCF a joué le rôle d’un parti social-démocrate, directement au service de la bourgeoisie et associé au pouvoir. Mais il n’est pas un parti social-démocrate, justement. Ses dirigeants restent sensibles, malgré tout, à la base ouvrière, ne serait-ce que parce que de leur influence sur elle dépend de se faire accepter par la bourgeoisie. Et ils sont encore bien plus sensibles... aux intérêts de la bureaucratie soviétique. Deux bonnes raisons, pour la bourgeoisie, de ne les utiliser que si elle en a véritablement besoin.

En 1947, des grèves éclatent malgré l’opposition de la CGT, à Renault par exemple, sérieux avertissement pour le PCF qui peut craindre pour son monopole politique sur la classe ouvrière. En mai, il demande quelques concessions au gouvernement qui les refuse et le renvoie dans l’opposition. Il y sera maintenu pendant 35 ans : au même moment a commencé la « guerre froide » entre l’URSS et les grandes puissances impérialistes.

Pendant tout ce temps pourtant, s’il reprend un langage plus radical, il ne va jamais cesser de signaler par de nombreux gestes politiques qu’il se veut toujours un parti de gouvernement, « responsable ». Ses députés votent les « pleins pouvoirs » à Guy Mollet, en 1956, qui permettront d’intensifier la guerre en Algérie et d’y envoyer le contingent. Et il joue à nouveau le rôle de l’éteignoir durant la vague de grèves de 1968, que ses militants ont pourtant aussi contribué à déclencher.

1981 : la caution de l’austérité

Quand Mitterrand est élu en 1981, le PS dispose d’une majorité absolue qui lui permettrait de se passer des députés communistes. Le PCF a pris un coup, un certain nombre de ses électeurs lui ont préféré le PS qu’il avait pendant près de 10 ans présenté comme l’allié indispensable. Il obtient cependant quatre postes ministériels. En fait ce qui lui reste de liens avec Moscou n’a plus guère d’importance aux yeux de la bourgeoisie française. Et Mitterrand qui s’est donné pour but d’affaiblir le PCF juge que le compromettre au gouvernement est encore la meilleure façon de le faire.

Car au gouvernement le PCF n’a d’autres choix que de contribuer à faire avaler des pilules amères aux travailleurs : l’explosion du chômage, les licenciements massifs, notamment dans les mines, la sidérurgie, l’automobile, le blocage des salaires dès 1982.

Et conformément aux vœux de Mitterrand le PCF va le payer cher. Son déclin électoral continue. Dès 84 il est si bien usé après 3 ans de ministères qu’il renonce à entrer dans le nouveau gouvernement Fabius.

La suite a montré que ce n’était un renoncement ni à soutenir de nouveaux gouvernements anti-ouvriers, ni à se faire accepter définitivement par la bourgeoisie.

Bernard RUDELLI

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