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DOSSIER : Seconde loi Aubry : une nouvelle offensive tous azimuts contre les salariés

La réduction du temps de travail sauce Aubry, c’est pas la santé !

Des horaires et une organisation du travail nocifs

Mis en ligne le 1er octobre 1999 Convergences Société

Variabilité des horaires, brefs délais de prévenance des salariés, horaires décalés, étroites plages de récupération, telles sont les conséquences inévitables du développement de la flexibilité du travail, maître mot du patronat et des derniers gouvernements. Ces horaires « atypiques » ont sur les conditions de travail et l’état de santé des salariés un impact réel quoique parfois difficile à mesurer de façon objective : stress, troubles du sommeil, dégradation des relations privées. Des médecins du travail évoquent même le cas d’un généraliste des Andelys, en Normandie, qui suite à la signature d’un accord de réduction du temps de travail comportant des clauses de flexibilité horaire dans une PME locale, vit défiler dans son cabinet un grand nombre de salariés présentant des symptômes de stress. Un comble que la soi-disant réduction du temps de travail se traduise par une pénibilité accrue !

Travail posté

Toutes les études montrent que les formules d’horaires anormaux ou décalés ont de beaux jours devant elles, qu’il s’agisse du travail de nuit, du samedi ou du dimanche, du travail posté en équipe alternante (notamment 2x8, 3x8), des semaines irrégulières, des repos inférieurs à 48 heures consécutives, etc.

En dépit des sempiternels discours sur la « fin du taylorisme et du fordisme » le travail à la chaîne, loin de se résorber, progresse notamment dans les entreprises de taille moyenne.. La dernière enquête Conditions de travail 1998 du Ministère du travail le met en évidence : alors qu’à peine 10% des ouvriers déclaraient en 1984 travailler sous des contraintes de l’ordre de l’heure, ils sont 35% aujourd’hui. Leur rythme de travail dépend de leurs collègues dans une proportion qui passe dans le même temps de 11% à 27%. Un tiers des salariés déclarent « ne pas quitter leur travail des yeux », parmi lesquels 54% de travailleurs industriels.

Le travail posté (comportant des équipes généralement alternantes selon la formule des 2x8 ou des 3x8 en cas de travail de nuit, avec ou sans équipe de week-end) a repris son essor depuis le milieu des années 80. Dans l’industrie, il ne concernait que 15% des ouvriers en 1957. Un taux qui s’éleva jusqu’à 32% en 1974 avant de retomber à 26 % au début des années 80. Mais ce sont aujourd’hui plus de 37% des ouvriers d’industrie qui subissent ce régime, et la signature d’accords Robien-Aubry en favorise bien souvent la réintroduction là où il avait disparu en tout ou partie. 60% des établissements industriels de plus de 500 salariés sont aujourd’hui concernés. Les femmes ont, dans ce domaine, tendance à rattraper les hommes : 29 % des ouvrières non qualifiées de l’industrie subissent les 2x8, presque moitié plus qu’en 1990.

Horaires irréguliers

A côté de ces horaires d’équipes, ou se combinant avec eux, prolifèrent de multiples formules d’horaires irréguliers. La proportion de salariés travaillant un nombre de jours variable chaque semaine a paru se stabiliser autour de 14% dans les années 90, après s’être accrue au cours des années 80. Mais cette moyenne cache des évolutions contradictoires : les semaines variables sont en expansion parmi les ouvriers d’industrie et les employés de commerce ; les cadres au contraire jouissent de plus en plus de semaines de travail comportant un nombre de jours stable.

La variabilité s’accompagne de délais de prévenance plus courts. Le nombre de travailleurs qui ne connaissent pas leurs horaires de travail à l’avance est en augmentation constante : 9% ne les connaissent que pour la semaine à venir, 8% pour le lendemain seulement et 5% que le jour même ! Et ces chiffres de 1998 ne sont que le début d’une évolution négative, avec l’annualisation institutionnalisée, on peut être certain que ces chiffres vont augmenter considérablement. Cas extrême, l’hypermarché Auchan de Martigues a embauché des caissières pour un horaire hebdomadaire de 25 heures, dont seulement 17 planifiées. Pour s’acquitter des 8 heures restantes, les employées étaient équipées d’un Tatoo permettant de les contacter à tout moment… Seule l’intervention des syndicats fit abroger cette pratique.

Modulation du temps de travail

L’entrée en vigueur d’accord de modulation (ou annualisation) du temps de travail aggrave considérablement les inconvénients du travail posté : chez le fabricant de skis Salomon, les ouvrières de production (qui travaillent debout) effectuent à certaines périodes des semaines de 4x9 heures comprenant deux prises de poste à 4 heures du matin et deux fins de service à 22h30.

La variabilité atteint parfois des proportions étonnantes comme à l’Imprimerie Générale du Centre où l’horaire hebdomadaire oscille entre 25 et 60 heures. « Attention les gars, demain il va falloir en mettre un coup : on travaillera dix heures et demie », annonce ainsi le responsable, cité par le magazine Liaisons Sociales. Dans bien des entreprises, les bornes fixées pour la variation des horaires sont de toute façon allègrement dépassées. Comme le reconnaît un responsable FO de Carrefour, « sur le terrain, il arrive que la modulation s’effectue en dehors du cadre prévu ».

L’introduction de périodes « hautes » accroît les répercussions négatives du travail sur la vie privée des salariés : aux Trois Suisses, un accord signé à l’occasion de la mise en place des livraisons en 24 heures prévoit la possibilité de 14 semaines à 42 heures. « Après 3 semaines d’affilée à 42 heures, la famille trinque », reconnaît une syndicaliste pourtant signataire de l’accord.

Un impact désastreux incommensurable

La tendance est la même concernant les temps de repos. D’une façon générale, environ 21% des salariés sont privés d’un repos hebdomadaire de 48 heures consécutives. Une contrainte qui concerne de moins en moins les cadres (seuls 8% des cadres d’entreprises sont touchés) et de plus en plus les exécutants, ouvriers et employés, et tout particulièrement les femmes. C’est le cas pour 61% des employés de commerce (contre 52% au début de la décennie). A Renault Douai, l’introduction d’un samedi travaillé par mois explique sans doute en partie l’accroissement sensible du nombre des malaises ainsi que des décès parmi le personnel (27 en 1998 contre 11 l’année précédente).

La progression du travail de nuit et du dimanche accentue les tendances précédentes. Plus d’un salarié sur 5 effectue désormais au moins un dimanche travaillé dans l’année. Le travail dominical occasionnel ou fréquent s’est accru de moitié depuis 1984, concernant environ un homme sur 6 et une femme sur 10. Le travail de nuit, qui s’était stabilisé dans les années 80, a repris son expansion (20% des hommes et 6% des femmes travaillent au moins une nuit par an). Ses méfaits physiologiques sont reconnus, la tranche 0H-5H étant la période la plus vulnérable pour l’organisme.

Pour les femmes, la décision de la Cour de Justice européenne en 1991 a donné le coup d’envoi à l’extension du travail de nuit dans l’industrie qui touche désormais 8% des ouvrières non qualifiées. « On retrouve le phénomène de la double journée de travail (domestique et salarié) aggravé par le manque de sommeil » constate une sociologue.

L’impact des horaires « atypiques » est difficile à appréhender d’autant que certains salariés cumulent un certain nombre de contraintes : les chauffeurs routiers sont de plus en plus nombreux à effectuer des journées d’une durée parfois supérieure à 11 heures, tout en travaillant le dimanche et la nuit. Les employés de commerce connaissent des journées de plus en plus tardives, des semaines variables, des repos courts, et les dépassements d’horaires sont légion.

Le temps passé au travail ne donne pas la mesure de l’intensification des efforts exigés des salariés, tant physiquement que mentalement : polyvalence, flux tendus et manque d’effectifs pèsent de tout leur poids. Un salarié sur quatre (plus qu’au début de la décennie) déclare aujourd’hui qu’il « n’a pas un temps suffisant pour effectuer correctement son travail » ou qu’il doit « toujours se dépêcher ». Ceux qui « doivent abandonner une tâche qu’ils sont en train de faire pour en effectuer une autre non prévue » sont devenus majoritaires (56%). Pour parcellaires et discutables qu’elles soient, ces données du Ministère du Travail donnent la mesure de la pression accrue qui règne dans les entreprises.

Une étude récente a montré que le travail en horaires décalés (tôt le matin, tard le soir ou la nuit) comportait des séquelles durables voire en partie irréversibles. Les salariés soumis à ces horaires présentent une fréquence de troubles du sommeil nettement supérieure à la moyenne de leur classe d’âge. Ceux qui ont été exposé aux horaires décalés dans le passé et ont cessé de l’être continuent cependant d’être plus sujets à ces troubles.

Certes, il n’est pas encore possible de mesurer statistiquement l’impact des accords Aubry avec leur corollaire de flexibilité. Mais il est certain qu’en accentuant l’actuel mouvement de déréglementation du temps de travail, la loi Aubry contribuera dégrader la qualité de vie des salariés. Faut-il le rappeler, hormis là où la continuité du service public ou d’un processus technique est en jeu (hôpitaux, secours d’urgence, chimie…), le travail en équipe, les horaires décalés ou variables ne correspondent à aucune véritable nécessité sociale. Il s’agit seulement pour les employeurs d’améliorer leur rentabilité en augmentant la durée d’utilisation des équipements ou en adaptant la main d’œuvre aux besoins immédiats de la production. Ces pratiques sont non seulement épuisantes pour les salariés, mais génératrices de chômage. En définitive, seul le capital y trouve son compte.

Julien FORGEAT


Rythmes biologiques et santé : Oui les horaires atypiques sont mauvais !

On n’est pas le même à trois heures du matin, trois heures de l’après midi, huit heures du matin. La raison fondamentale est que pratiquement toutes les fonctions physiologiques humaines suivent un rythme sur une journée, le rythme « circadien ». Cela se traduit en général par un maximum et un minimum d’activité qui se répète toutes les 24 heures. Par exemple, la température du corps passe par un maximum en fin d’après midi et un minimum en fin de nuit, le taux de cortisol dans le sang très bas dans la journée est maximum en fin de nuit et après le réveil, etc... Ces rythmes sont très rigides Le travail à horaires changeants les perturbe car il impose à l’organisme des journées anormales. Il provoque un grand déséquilibre dans les fonctions biologiques internes de l’organisme qui induit des effets digestifs, des troubles nerveux surtout au niveau de la qualité de sommeil, mais aussi sous forme de dépression ou d’hyper excitation.

L’homme n’est pas fait pour travailler la nuit, ni pour changer d’horaires et de rythme tout le temps : cela a des effets graves sur sa santé.

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Réactions à cet article

  • Bonjour, j’ai lu avec grand interet votre article sur les horaires aménagées et la production de travail. Moi même je travaille dans une entreprise d’édition d’annuaires ou les horaires d’équipe 2x8 sont appliqués sous pretexte de gain de Metres carrés.

    En effet, nous commes deux sur un poste de travail (ordinateur), l’un vient le matin (6h15), l’autre l’après midi (14h) et cela change chaque semaine. Le matin, nous avons froid, sensation d’être malade, irritable, assis en permanence devant un ecran pendant 7h !! à devenir dingue. Les courbes de productivité montre bien une prod alternée matin/soir mais les dirigeants ne veulent rien entendre.

    De même, j’ai souvent eu des humeurs changeantes du matin, et le soirs les journées me paraissent bien longues. Nous sommes constamment fatigués, et la vie sociale de chacun est dangereusement atteinte (divorce, probleme de garde des enfants une semaine sur 2, levée des enfants à 4h environ !!!)

    Je me souviens un jour ou j’étais allée travailler le matin, en rentrant chez moi vers 14h30, je me suis fait chauffer de l’eau pour y cuire des légumes... mais je me suis endormi un instant après dans mon canapé. L’eau avait fini de boullir, laissant echapper le gaz et les vapeurs de nourritures calcifiés 2 heures plus tard... un drame !

    Je ne souhaite pas donner ma demission, car mon secteur d’activité est fortement touché par le chomage. Mais alors que faire quand la direction ne veut plus rien entendre...?? je vais faire comme beaucoup d’autres : me mettre en dépression !

    Merci d’avoir lu ce texte... Bien cordialement, Virginie

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  • bonjour. je viens de lire votre article,trés interressant, je travailles personnellement en 5/8 ,c’est a dire changement d’horaires tout les deux jours, (4h,12h)-(12h,20h)-(20h,4h) ,et je peut vous dire que oui ,effectivemment ,les horaires décalés sont des « casses bonhommes » !, mais ,malheureusement ,je pense,que l’on commence a faire partis des « mineurs du 20è siecle » .d’aucun diront que l’on a toujours le choix,mais malheureusement non ,c’est le seul moyen de faire vivre sa famille d’une façon a peu pres convenable.et quand je voie des femmes qui font ce genre d’horaire ,ça me désoles.(je ne dit pas cela par féminisme).bonne lecture.merci.

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