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DOSSIER : Avril, mai, juin 2003. Renouveau des luttes, début de la contre-offensive des salariés

Décentralisation… ou démantèlement de l’école publique ?

Mis en ligne le 11 juillet 2003 Convergences Politique

Outre le problème des retraites c’est le projet de décentralisation présenté par Raffarin en février qui a mis le feu aux poudres dans le monde de l’Education nationale.

Le transfert aux régions du personnel non enseignant de l’Education nationale s’ajoutait en effet à toute une série de mesures déjà annoncées : suppression des surveillants, non remplacement de départs à la retraite, insuffisance du budget, début même de privatisation de l’école. Difficile donc de ne pas y voir une volonté de mise en pièces de l’école publique.

La suppression du statut des surveillants

Le statut des surveillants, datant de 1936, permettait à des étudiants de financer leurs études. Celui d’assistant d’éducation qui le remplace impose, pour un demi service, 22 heures hebdomadaires au lieu de 14 précédemment, sur 39 semaines au lieu de 35, pour un salaire équivalent, voire inférieur. De plus les emplois jeunes, appelés aides-éducateurs, recrutés il y a quelques années, sont destinés à disparaître purement et simplement. Ainsi 5 600 surveillants et 20 000 aides-éducateurs doivent être remplacés par 16 000 assistants d’éducation, 10 000 « pions » de moins pour l’école. C’est donc à ce propos que s’est produite la première mobilisation de l’année scolaire, mêlant étudiants défendant leurs moyens d’existence et profs qui voyaient les écoles se vider d’une partie de l’encadrement adulte, au moment où on parle de lutter contre la violence.

En fait le budget donnait une raison plus générale de mobilisation (la première grande journée de l’Education nationale, le 29 janvier, avait d’ailleurs pour mot d’ordre : plus de moyens pour l’école). En plus de l’insuffisance en recrutement de nouveaux professeurs, notamment dans le primaire, et le non-remplacement des nouveaux retraités, les enseignants appréhendent en effet la réduction du nombre des classes. A l’appui de leurs craintes, cette déclaration d’un inspecteur d’académie : « Il faut repenser l’organisation de l’école, il n’est plus possible d’avoir pour chaque commune son école... En France les écoles sont trop éparpillées ».

La décentralisation

Le projet prévoit que l’accueil, la restauration, l’hébergement, ainsi que l’entretien général et technique soient confiés aux départements pour les collèges, aux régions pour les lycées. Conséquence : transfert de 1 350 médecins scolaires, 2 700 assistants sociaux, 4 800 conseillers d’orientation-psychologues et 91 000 techniciens, ouvriers et agents de service, les personnels « Toss ».

A priori un simple problème administratif, pourrait-on penser ? En fait un projet lourd de dangers. Comment les personnels ouvriers et d’entretien, désormais employés par le Conseil général, n’étant plus présents en permanence dans les établissements, pourront-ils contribuer au bien-être des enfants, dans des locaux propres ? Les services de restauration privatisés garantiront-ils des repas sains et équilibrés à des prix abordables pour toutes les familles ?

Quel temps les conseillers d’orientation psychologues, dont le rôle est d’assurer le suivi des élèves durant leur scolarité, mais chargés désormais de l’insertion et de la réorientation professionnelle de toute la population d’une région, auront-ils à consacrer aux établissements scolaires ? Et les assistantes sociales placées dans le même cas ?

Une fois les médecins scolaires envoyés en mission dans les centres de Protection maternelle et infantile, donc absents des établissements scolaires, qu’adviendra-t-il des bilans de santé gratuits pour tous les élèves ?

La scolarisation en maternelle ne sera-t-elle pas freinée en favorisant l’accueil des enfants en crèche (payante) jusqu’à 4 ans dans le but de supprimer le 1er cycle (petite et moyenne section de maternelle) ?

Enfin, le contrôle de la formation professionnelle donné aux régions préfigure la disparition des diplômes professionnels nationaux qui risquent de ne plus avoir la même valeur selon qu’on les aura passés à Lille, Montpellier ou Bordeaux, alors que la formation initiale en général, et la formation professionnelle en particulier, nécessitent une vision des besoins d’ensemble sur le long terme, et non de la seule région.

Le tableau ne serait pas complet si l’on n’ajoute la prolifération programmée des établissements privés qu’une modification de la loi Falloux permettra aux collectivités territoriales de subventionner jusqu’à 50 % de leurs dépenses au lieu des 10 % maximum autorisés aujourd’hui.

Certes l’école publique donnant une égalité de chance à tous les enfants n’est qu’un mythe, comme le savent bien les enseignants qui ont tant de mal à exercer convenablement leur métier dans une société ravagée par le chômage, la pauvreté, les inégalités sociales. Mais toutes ces mesures qui vont dans le sens du désengagement de l’Etat et de pouvoirs supplémentaires donnés aux régions et au privé, au mieux n’apporteront aucune amélioration à la situation actuelle, au pire ont toutes les chances d’aggraver le sort des enfants des classes défavorisées… et du personnel des écoles où vont ces enfants. En s’opposant à la décentralisation les personnels de l’Education nationale ne font pas que défendre simplement d’étroits intérêts corporatistes, comme voudraient le faire croire certains. Ils ont donc bien raison de continuer à refuser les projets du gouvernement, qui est revenu (provisoirement ?) sur le transfert de certaines catégories comme les médecins scolaires ou les conseillers d’orientation… pour maintenir celui du plus grand nombre, et comme par hasard celui du personnel TOSS, les catégories les plus modestes.

Laurence VINON

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Numéro 28, juillet-août 2003