Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 63, mai-juin 2009 > DOSSIER : Obama président, l’oncle Sam change de look... mais pas de (...)

DOSSIER : Obama président, l’oncle Sam change de look... mais pas de cibles

De l’Irak à l’AfPak : réévaluation des buts de guerre

Mis en ligne le 30 avril 2009 Convergences Monde

Le vote de novembre 2008 a exprimé un profond ras-le-bol à l’encontre de Bush, son arrogance, ses mensonges et sa politique guerrière. Déjà en 2006 la population américaine avait élu une majorité démocrate au congrès, en partie dans l’espoir d’arrêter la guerre en Irak. Lors des dernières primaires les candidats démocrates Obama et Clinton avaient joué sur le sentiment anti-guerre, déclarant tous les deux qu’ils y mettraient fin s’ils étaient élus.

Ces changements de discours ont payé électoralement. Expriment-ils aussi la volonté, de la part de l’impérialisme américain, d’infléchir sa politique afin de sortir du bourbier irakien ? Une nouvelle équipe gouvernementale peut être une bonne occasion pour changer sans trop de ridicule. Même si inversement, une nouvelle tête permet aussi de continuer comme avant...

Car il faut rappeler que ce qui n’était que la future équipe Obama, avait adopté la politique de Bush. Obama lui-même, quand il était sénateur, avait voté les crédits de guerre (des centaines de milliards de dollars) chaque fois que Bush le réclamait, tout comme une majorité de démocrates, y compris Hillary Clinton et l’actuel vice-président Joseph Biden. Ces deux derniers avaient même voté pour la guerre en Irak en 2003 [1]. Obama, lui, a certes les mains blanches de ce vote… car il n’était pas sénateur à l’époque.

Changements de ton

Obama a certes fait un certain nombre de gestes symboliques depuis son entrée en fonction : promesse de fermer Guantanamo d’ici un an (même si d’autres centres de détention seront là pour prendre le relais), déclarations contre la torture… Le voyage au Proche-Orient de la nouvelle ministre des affaires étrangères, Hillary Clinton, a été l’occasion d’affirmer une volonté de dialogue avec des États auparavant dénoncés comme terroristes, tel que la Syrie et l’Iran. Le sommet des Amériques de la fin avril a vu Obama afficher une attitude plus conciliante à l’égard des leaders « de gauche » du sous-continent latino-américain, serrer la main de Chavez [2], et même reconnaître que la stratégie des USA à l’égard de Cuba « n’avait pas marché » . Le ton n’est plus celui du « Avec nous ou contre nous » de Bush. Les États-Unis semblent vouloir montrer qu’ils cherchent à asseoir leur position dominante sur plus de concertation.

Si l’on s’en réjouit peut-être dans les ambassades, les populations, celles du Proche-Orient (mais aussi des États-Unis) ont, elles, des raisons d’être beaucoup plus prudentes. Obama ne remet pas en question le concept de « guerre contre le terrorisme » lancé par Bush [3]. Il a manifesté ses intentions de la façon la plus claire qui soit en autorisant, quelques jours à peine après être entré en fonction, le bombardement d’un village pakistanais à la frontière afghane [4]. Et si la nouvelle administration se dit contre la guerre en Irak, elle propose en revanche de l’étendre en Afghanistan, voire à l’ AfPak , la nouvelle région Afghanistan-Pakistan désormais définie comme une seule entité par les stratèges de Washington. Obama vient de demander au Congrès une rallonge, encore une – la dix-huitième des guerres d’Irak et d’Afghanistan –, pour le troisième trimestre 2009 du budget militaire. Le nouveau président démocrate porterait ainsi la dépense à 150 milliards de dollars pour cette année.

Même en Irak les opérations militaires ne sont pas censées s’arrêter immédiatement. Le rapatriement va se poursuivre pendant 18 mois, très lentement au début (les 12 000 premiers soldats américains rentreront d’ici 6 mois, le gros des 142 000 ne partira pas avant la fin de l’année) et entre 35 000 et 50 000 soldats resteront jusqu’à fin 2011. Ce qui suit à peu près le calendrier établi en novembre 2008 alors que Bush était encore président. Un Irak sans troupes américaines : pas pour tout de suite... Surtout, les troupes ainsi libérées pourront aller renforcer le contingent en Afghanistan.

Quand la guerre se déplace

Car Obama l’a redit dans son discours du 27 mars dernier : le nouvel objectif afghan n’est que l’adaptation de la « guerre contre le terrorisme » accusé de prospérer précisément au pays des Talibans. Le nouveau président compte donc commencer par envoyer 21 000 hommes supplémentaires en Afghanistan pour doubler le nombre de soldats américains présents dans ce pays. Il s’agit d’intensifier la guerre qui a commencé à déborder au Pakistan : ainsi, malgré la baisse des effectifs en Irak, le nombre global de GIs mobilisés au Proche-Orient devrait encore augmenter pour la fin 2009. L’intensification afghane aurait comme modèle l’envoi des renforts ordonné par Bush en Irak au début 2007. [5]

Les renforts américains en Irak ont pourtant fait des dizaines de milliers de morts et des centaines de milliers d’exilés. Les habitants de Bagdad vivent dans des ghettos ethniquement purifiés. Et les millions d’Irakiens qui sont partis ne reviennent pas, preuve que le « calme » est encore très relatif. Le nouvel effort de guerre en Afghanistan va signifier de même une aggravation des bombardements et des raids, arrestations et détentions. La recette qui a si bien monté la population irakienne contre les États-Unis, qui avait mené à une recrudescence de violence terroriste en Irak, va être appliquée en Afghanistan. Bref, la « guerre contre le terrorisme » menée par les États-Unis (et par les pays qu’ils entraînent dans cette guerre) va continuer à créer les terroristes de demain, précisément en terrorisant la population.

Tout comme la guerre que mène Israël contre les Palestiniens. Lors des attaques sur Gaza, Bush, encore président, avait déclaré qu’Israël avait le droit de se défendre contre les tirs de roquettes. Obama, interrogé, avait botté en touche en arguant du fait que deux administrations ne peuvent envoyer différents signaux en même temps dans une situation aussi volatile… Depuis, il a répété à son tour qu’Israël avait « le droit de se défendre ». Et il a garanti l’habituelle manne financière et militaire des États-Unis à Israël (plus de 2 milliards de dollars en seule aide militaire, tous les ans, depuis 2000). Certes Obama a fait quelques gestes symboliques. Son premier coup de fil diplomatique a été pour Mahmoud Abbas, le président de l’autorité palestinienne, et l’ancien candidat démocrate John Kerry a été dépêché à Gaza pour… constater les dégâts après l’intense campagne de bombardements israéliens. Hillary Clinton a adopté un nouveau ton vis-à-vis du Hamas (grand Satan terroriste sous Bush), évoquant même la possibilité d’un gouvernement d’union nationale palestinien dont il pourrait faire partie. Mais le rôle joué par Israël dans la région est tellement stratégique qu’il est hors de question qu’Obama laisse tomber ce pion occidental. Et même les changements symboliques ont déjà montré leurs limites, comme les revirements dans le choix des diplomates américains chargés de la question palestinienne.

Il n’est certes pas impossible que la présidence Obama prépare un certain changement de pied après des années de politique étrangère d’affrontement brutal de Bush. Après tout, la stratégie des « néocons » a cruellement montré ses limites en Irak, et Bush lui-même avait fini par annoncer qu’il fallait lever le pied. Mais les signaux envoyés aujourd’hui ne semblent pas confirmer cette hypothèse – tout au plus que le nouveau président prend pragmatiquement acte de la demi-défaite irakienne.

Jean-Michel CORDOBA


[1Biden déclarait qu’elle serait « une marche pour la paix et la sécurité » .

[2Qui lui a offert un exemplaire des « Veines ouvertes de l’Amérique latine », le classique anti-impérialiste d’Eduardo Galeano !

[3Il reprend d’ailleurs la tradition du défi viril depuis les salons de la Maison blanche, avec des déclarations comme : « Sachez ceci : notre résolution est plus forte et ne peut être brisée, vous ne pourrez pas nous survivre, et nous vous vaincrons » .

[4Le bilan est de 22 morts (dont au moins trois enfants).

[5Obama affirme d’ailleurs que cette intensification a été un succès en Irak, où la situation se serait calmée…

Mots-clés : | | | |

Imprimer cet article Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !

Numéro 63, mai-juin 2009