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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 22, juillet-août 2002 > DOSSIER : Actualité du trotskisme

DOSSIER : Actualité du trotskisme

Dans le Tiers monde aussi

Mis en ligne le 9 juillet 2002 Convergences Monde

Si l’impérialisme a fait, à la sortie de la seconde guerre mondiale, en grand partie grâce au rôle anesthésiant du stalinisme, l’économie d’une explosion ouvrière, les années suivantes ont été marquées par l’explosion révolutionnaire dans les colonies.
Certains militants tiers-mondistes théorisaient alors que rôle de classe révolutionnaire était désormais rempli par les « nations prolétaires » et la paysannerie des pays pauvres. Et dans une partie du mouvement trotskiste, la « théorie de la révolution permanente » était invoquée pour attribuer aux révolutions coloniales la capacité de se transformer en révolutions socialistes sans l’intervention politique indépendante de la classe ouvrière. Aujourd’hui il est évident qu’il n’en était rien. La révolution permanente, ni prophétie ni prévision d’un automatisme social mais programme d’un parti communiste prolétarien, n’avait de sens qu’en fonction d’un tel parti, qui n’existait plus nulle part.
De ce fait, cette explosion révolutionnaire qui a secoué le monde impérialiste, n’a pas mis en danger ses fondements. Il n’en est sorti que des régimes profondément anti-ouvriers (ceux qui ont fait, quelques dizaines d’années plus tard, tirer sur leur jeunesse place de Tien Anmen ou dans les rues d’Alger) et qui ont, au mieux, protégé un temps de la mainmise directe de l’impérialisme un certain développement national puis permis la constitution d’une bourgeoisie nationale.

La classe ouvrière du Tiers monde

Au cours du dernier quart de siècle les pays du Tiers monde ont connu une urbanisation rapide. Quelques-uns d’entre eux possédaient déjà une classe ouvrière numériquement importante dans les années de l’après-guerre, comme les grands pays d’Amérique Latine. De façon un peu exceptionnelle, la Corée a connu un développement du fait des besoins propres de l’impérialisme américain en guerre en Asie. Dans d’autres, notamment dans ceux qui ont acquis de haute lutte leur indépendance, de la Chine à l’Algérie, les petites bourgeoisies nationalistes arrivées au pouvoir ont, sous l’égide de l’Etat, menée une politique d’industrialisation. Partout en tout cas le prolétariat a grandi en nombre.
Puis avec la « mondialisation de l’économie », dans les années 1980-90 les trusts des pays riches ont bien plus qu’avant exporté une partie de leurs usines et de leurs productions à forte intensité de main d’œuvre, vers les pays où celle-ci est bon marché, en Indonésie, en Malaisie aux Philippines, en Turquie, au Mexique et ailleurs.
Les statistiques sont parlantes. De 1950 à 1990, d’après les chiffres rassemblés par le BIT (Bureau international du travail, organisme dépendant de l’ONU) la population active travaillant dans l’industrie est passée pour les pays développés de 118 millions à 188. Dans les pays sous-développés elle est passée de 61 millions à 312.
Certes il s’agit dans les premiers de 188 millions sur une population active de 565 millions et une population totale de 1,1 milliards, et dans les seconds de 312 millions pour une population active de presque 2 milliards, dont 60% travaillent toujours dans l’agriculture, et une population totale de 5 milliards d’individus. D’autre part, les secteurs industriels et les mains-d’œuvre sont loin d’être équivalents et d’avoir la même productivité, les travailleurs des petits chantiers ou des ateliers vétustes se décomptant au même titre que ceux des grandes installations industrielles, qui, dans le Tiers monde ne sont souvent que des îlots au sein d’un immense pays sous-développé.
L’essentielle de la production industrielle mondiale est toujours faite dans les quelques métropoles impérialistes. Plus des trois quarts des automobiles et des camions sont produits dans les seuls pays du G7. Un changement notable par rapport à une trentaine d’années plus tôt où cette proportion était de 95% pour les voitures et 80% pour les camions. Mais un changement quand même limité. De même la disproportion est criante en matière de production d’électricité par habitant, même en ce qui concerne des grands pays parmi les plus développés du Tiers monde : le Brésil produit cinq fois moins d’électricité par habitant que la France et 8 fois moins que l’Amérique du Nord. Quant à la Chine ou l’Inde, pourtant parmi les puissances nucléaires, ces chiffres descendent respectivement à 10 et 21 de moins que la France et 16 et 33 que l’Amérique du Nord.
On le voit même les pays « émergents » sont encore loin d’être à la hauteur. Mais la classe ouvrière, elle, a bel et bien émergée. Et c’est elle qui a bien souvent marqué une actualité rythmée par les crises économiques et les krachs boursiers. Du Brésil à l’Indonésie, en passant par l’Inde, la Corée ou l’Algérie, les vagues de grèves qui ont créé une situation sociale explosive ne se comptent plus. La mondialisation qui se traduit notamment par une plus grande intégration des pays du Tiers monde à la production industrielle des trusts, a au moins le mérite de donner aux prolétaires des pays riches des millions de frères et sœurs de combat.
Dans le Tiers monde, comme ici, la question n’est pas celle de l’existence ou pas d’une classe révolutionnaire, mais de l’organisation politique de cette classe. Et là aussi la nature à horreur d’un vide politique que comblent alors des partis nationalistes ou réformistes ou dont profitent des formations d’extrême-droite. On a pu voir la bourgeoisie blanche sud-africaine, conseillée par les Etats-Unis, finir par accepter de porter Mandela au pouvoir pour enrayer la colère des opprimés et exploités. C’est du mouvement syndical brésilien qu’est sorti un Lula, favori des prochaines élections présidentielles du pays et futur Lionel Jospin ou Tony Blair brésilien. Et c’est faute d’un véritable mouvement ouvrier dans l’Inde d’aujourd’hui, que les mouvements régionalistes et religieux d’extrême droite peuvent détourner à leur profit une grande partie du mécontentement des couches pauvres, y compris de la classe ouvrière elle-même.

O. B.

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