Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 84, novembre-décembre 2012

Compétitivité version Renault : augmenter les horaires et baisser les salaires en Espagne… pour ensuite faire le même chantage ici

Mis en ligne le 28 novembre 2012 Convergences Entreprises

En parallèle à la négociation nationale dite sur la compétitivité et l’emploi, les grandes entreprises ont déjà engagé localement les leurs. C’est le cas de Renault qui voudrait conclure en France un accord d’ici fin janvier à coup de chantage à l’emploi. À l’ouverture de cette négociation, la direction de Renault a commencé par vanter les privilèges dont bénéficieraient ses salariés : « Ford a annoncé la suppression de 6 000 emplois en Europe… PSA a annoncé la suppression de 8 000 emplois en France… Renault privilégie la voie de la négociation ».

En fait de privilèges, Renault a seulement pris de l’avance sur PSA côté suppressions d’emplois, notamment en 2008-2009. Les premières propositions faites par la direction en disent long sur ses objectifs : pour économiser sur le recours à l’intérim ou le chômage partiel, elle compte assouplir les horaires et « fluidifier » la main d’œuvre par la possibilité de l’envoyer valser d’une usine à l’autre selon les besoins. La direction prévoit à cet effet de répartir ses usines en deux pôles géographiques – les usines de l’ouest de la France, de la région parisienne à Sandouville ou Le Mans, et celles du nord et nord-est – au sein desquels le personnel serait mutable à souhait. À vrai dire cela se pratique déjà à l’usine de Sandouville dont une partie des ouvriers sont « prêtés » aux usines de Cléon, Flins et Maubeuge. Mais cela coûte cher, car la direction doit verser des primes de déplacement dont il ne serait plus question à l’avenir.

« L’heure espagnole » : de Renault, ou des travailleurs ?

Renault donne donc en exemple l’accord qu’il vient d’imposer dans ses usines espagnoles. En faisant le chantage à l’attribution de nouvelles productions sur les chaînes espagnoles, Renault a obtenu le 13 novembre dernier la signature des clauses suivantes par une partie des syndicats espagnols :

  • le blocage des salaires qui ne seront réévalués que de la moitié de la hausse des prix, comme c’est déjà le cas depuis 2011 (et après une année 2010 sans aucune augmentation de salaire),
  • la création d’une nouvelle catégorie d’embauche, avec un salaire équivalent à 72,5 % de celui d’un agent de production actuel,
  • la réduction de 10 % des primes pour le travail de nuit,
  • la suppression des primes et des majorations pour cinq samedis obligatoires par an,
  • l’augmentation de la durée annuelle du travail de trois jours supplémentaires…

L’UGT, les Commissions ouvrières (CCOO) et la Confédération des cadres ont signé ce programme. La CGT espagnole, syndicat minoritaire proche des courants anarchistes, a refusé.

Quelques jours plus tard la même direction explique aux syndicats français que, s’ils ne veulent pas que leur production parte en Espagne, où la main d’œuvre est moins chère, et s’ils veulent sauver la « compétitivité » des usines d’ici, ils n’ont plus qu’à accepter de se mettre à l’heure espagnole. Histoire de mettre les travailleurs en concurrence.

Mais, au fait c’est quoi l’heure espagnole : celle de Renault ou celle des travailleurs ? Car, en Espagne, face aux mesures d’austérité draconiennes dont les travailleurs sont victimes, des centaines de milliers de manifestants sont encore descendus le 14 novembre dernier, bloquant tout le centre de Madrid, entourant le siège du parlement.

Plutôt que de s’aligner sur leur « compétitivité », mieux vaudrait s’aligner sur leur combativité, et tous ensemble déjouer les jeux des Renault et consort.

15 novembre 2012, Gilles SEGUIN

Mots-clés :

Imprimer cet article Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !

Numéro 84, novembre-décembre 2012

Mots-clés