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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 67, janvier-février 2010

Ce que l’État voyou français doit à Haïti

Mis en ligne le 16 février 2010 Convergences Monde

En 2008, la dette d’Haïti se montait à 1,9 milliard de dollars. Pour les pays riches créanciers, une goutte d’eau. Pour le peuple de Haïti, une catastrophe permanente. Cette dette vient du rançonnage et du pillage de l’État haïtien par les grandes puissances. Elle ne date pas d’hier.

1825 – La rançon à la France

En 1791, sous l’impulsion de la Révolution française, les esclaves noirs de l’île se sont révoltés contre leurs maîtres et ont imposé l’abolition de l’esclavage dans toutes les colonies françaises. L’armée des ex-esclaves a chassé la France colonialiste et déclaré son indépendance. En 1825, le roi Charles X, de toute façon incapable de reprendre pied dans cette ancienne colonie française, a reconnu son indépendance contre une rançon de 150 millions de francs de l’époque. 150 ans plus tard, Haïti la traînait encore comme un boulet.

2003… Restitution de la rançon de l’indépendance : cours toujours...

En 2003, Aristide avait demandé à la France le remboursement de la rançon exigée en 1825 contre la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti, soit 21,685135571 milliards de dollars américains de 2003 selon ses calculs (de quoi assurer aujourd’hui une véritable reconstruction d’Haïti après le séisme, selon les estimations actuelles). C’est à un « Comité indépendant de réflexion et de propositions sur les relations Franco-Haïtiennes », dirigé par l’écrivain Régis Debray, qu’est revenue la responsabilité de dénigrer la demande. Le rapport du Comité Debray ne trouve en définitive pour seul argument du refus de la réparation que la très formelle absence de fondement juridique, « sauf à requalifier juridiquement des actes appartenant au passé et à admettre une inadmissible rétroactivité des lois et normes. Et jusqu’à quelle date ? Les Camisards ? La Saint-Barthélemy ? Les Albigeois ? Les Croisades ? Alésia ?  »...

Debray fait suivre son refus de 25 propositions supposées donner le change. Certaines, on s’en doute, seront d’une grande aide : compléter nos manuels scolaires, faire un inventaire général du patrimoine amérindien pour déboucher sur une exposition temporaire au Musée du Quai Branly... D’autres, plus modestes, envisagent une assistance pour reformer police nationale et appareil judiciaire, la création d’une « force de police multinationale à dominante francophone » avec le Canada pour occuper le pays, ou se vantent de la coopération de l’Institut médico-légal qui a former deux (sic) médecins légistes. En fait, la proposition la plus développée est aussi la plus significative : «  la création d’un fonds spécial, capable d’accorder [au privé] des prêts à long terme à des taux d’intérêt raisonnables, bien que le remboursement du capital prêté ne soit pas requis. » Et de citer des projets qui pourraient se faire en partenariat avec des entreprises françaises : «  la privatisation des aéroports (CCI de Toulouse et Cayenne) ; la privatisation des ports et aéroports (Total, Aéroports de Paris, SOFREAVIA, Air France) ; la privatisation des télécommunications (Alcatel/Gentel, Orange) ; la privatisation de l’électricité (EDF) ; la privatisation de l’eau (GRET). » Et sans honte, le pillage continue...

Mathieu PARANT et Maurice SPIRZ

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Numéro 67, janvier-février 2010