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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 89, septembre-octobre 2013

Carambouille dans la chimie : chez Kem One, l’État, le patronat et les syndicats cultivent l’illusion d’une reprise

Mis en ligne le 29 septembre 2013 Convergences Entreprises

Les 1 300 salariés de Kem One demeurent dans l’attente. Livré en 2012 à l’homme d’affaires Gary Klesch pour un euro symbolique avec 100 millions d’euros de trésorerie, l’ancien pôle vinylique d’Arkema s’est rapidement trouvé en situation de dette (aujourd’hui 170 millions d’euros) [1]. La cause : une « mystérieuse envolée » de sa trésorerie vers des paradis fiscaux. L’entreprise s’est finalement retrouvée en redressement judiciaire à partir de mars 2013.

Les représentants de l’État s’activent pour éviter... une réaction des travailleurs

Depuis, les salariés du groupe vivent dans l’incertitude sur leur avenir immédiat. Pour l’instant, la plupart se raccrochent au fol espoir d’un repreneur providentiel. Les représentants du gouvernement ne manquent pas de l’entretenir en faisant mine de s’activer et de chercher « la meilleure des solutions ». Le calendrier est sans cesse repoussé. D’abord, les éventuels repreneurs avaient jusqu’au mois de juin pour se faire connaître, puis la Préfecture a repoussé la date fatidique au 9 septembre, et une nouvelle fois au 26 septembre. De quoi maintenir dans l’attente les salariés qui patientent jusqu’à ce que le tribunal de Commerce statue sur leur sort. Ce temps pourrait être utilisé par les travailleurs pour se préparer à lutter, mais, aujourd’hui, c’est plutôt un sentiment de lassitude qui prédomine. Le gel des embauches chez Arkema suscite même chez certains le désir d’être licenciés au plus vite, de manière à peut-être retrouver du travail chez leur ancien patron, celui-là même qui les a vendus à Klesch. En effet, la direction de Kem One cherche déjà à déterminer des critères et à établir des ordres de priorités pour d’éventuels licenciements, en prévision d’un plan social.

Entretemps, les représentants de l’État font mine de se presser au chevet de ces travailleurs menacés de perdre leur emploi. La Préfecture du Rhône assure que « les négociations [pour un plan de reprise] se poursuivent avec un engagement actif du ministre [Arnaud Montebourg]  ». Le 12 septembre, le préfet du Rhône Jean-François Carenco, a même haussé le ton à grands renforts de médias à l’encontre de Gary Klesch : « Je poursuivrai Klesch jusqu’à la fin de mes jours si c’est lui qui fait capoter la reprise », s’est mouillé le préfet.

Le but de ces diatribes enflammées est clair : bercer d’illusions les salariés de Kem One et contenir leur colère légitime.

Les deux repreneurs sortis du chapeau

Les deux repreneurs potentiels que la Préfecture fait aujourd’hui miroiter sont loin de rassurer les travailleurs concernés. Il s’agirait d’Open Gate et de Sun Capital, deux fonds d’investissement habitués des plans de restructuration. L’exemple de la reprise de Fleurus Presse par Open Gate est édifiant. En 2008, la direction du journal Le Monde annonçait son intention de se débarrasser de ses filiales déficitaires ou pas assez rentables, dont faisait alors partie Fleurus Presse. En avril 2009, la cession de Fleurus à Open Gate était effective. Le Monde payait pour se débarrasser de Fleurus : il a recapitalisé la société à hauteur de 5 millions d’euros, et ajouté un bonus (2 millions d’euros), enveloppe prévue pour mettre en œuvre un plan social si la vente n’aboutissait pas. Un an après la cession, l’effectif de 81 salariés avait alors diminué de moitié, sans compter la dégradation des conditions de travail pour les salariés restants.

Un troisième dossier de reprise porté par la CGT

La CGT a alors décidé d’emboîter le pas aux propositions de l’État en déposant son propre dossier de reprise. « La CGT a pris ses responsabilités, nous espérons que notre offre puisse être étudiée comme les autres et nous allons nous battre pour cela », a expliqué le secrétaire général Thierry Lepaon, qui a lui-même pris soin de déposer le dossier de reprise chez le préfet. Dans ce projet, la CGT mise sur une participation financière de l’État et des patrons. La Banque publique d’investissement (BPI) serait censée participer à hauteur de 35 % du capital de l’entreprise. Les régions Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, où se trouve la majorité des sites de Kem One, seraient parties prenantes. Les entreprises Total et Arkema seraient aussi mises à contribution. Il s’agit là d’une grande illusion, dans la mesure où ces groupes se sont eux-mêmes concertés pour se débarrasser du pôle vinylique en le vendant à Klesch. En aucune manière, dirigeants politiques et patrons n’ont de raisons de se sentir obligés de voler au secours de travailleurs jetés sur le carreau. En proposant des projets industriels alternatifs, la CGT semble oublier que les patrons savent parfaitement où se trouvent leurs intérêts, et ce n’est évidemment pas du côté des travailleurs de Kem One.

La force de ces derniers, c’est qu’ils sont 1 300, répartis sur six sites de production. N’ayant rien à attendre de la générosité des patrons, leur seule issue serait alors de profiter de cette position en s’adressant aux travailleurs des nombreuses boîtes qui subissent le même genre d’attaques.

Le 17 septembre 2013

Maya PALENKE


Le groupe Arkema est né en octobre 2004 de la réorganisation d’Atofin, la branche chimie du groupe pétrolier Total, dont il s’est séparé en 2006. Il produit des composants chimiques utilisés de l’industrie textile à l’industrie automobile en passant par l’agroalimentaire. Son ancien pôle vinylique, devenu Kem One, en 2012 est consacré aux productions chlorochimiques et au PVC (polychlorure de vinyle), utilisé principalement dans les secteurs de la construction et de l’automobile.


[1Six sites du groupe Kem One en France sont donc sous le coup du redressement judiciaire : cinq usines à Lavera et Berre (Bouches-du-Rhône), Saint-Auban (Alpes de Haute Provence), Balan (Ain), Saint-Fons (Rhône) et le siège administratif de Lyon. Soit plus de la moitié des 2 600 salariés de la société créée après la reprise des activités vinyliques d’Arkema.

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