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CPE : faire regretter son obstination à Villepin

2 avril 2006 Politique

Le conflit qui dure maintenant depuis plus de deux mois a atteint un nouveau pallier. Hier, jeudi 30 mars, le Conseil constitutionnel a validé la loi dite « sur l’égalité des chances ». Selon la plupart des commentateurs professionnels de l’actualité politique, Jacques Chirac, qui va intervenir ce soir, vendredi 31, à la télévision, devrait la promulguer dans les heures qui viennent. Cette promulgation sera sans doute assortie d’une nouvelle offre de négociations aux organisations syndicales de salariés comme d’étudiants. Pourtant avec cette validation du Conseil constitutionnel le gouvernement vient de claquer une des portes de sortie qu’il avait encore et qui lui aurait permis de reculer sans l’avouer, comme beaucoup de ses partisans le lui conseillaient... et comme ceux de ses adversaires qui ont engagé le combat en comptant bien qu’il resterait symbolique ou limité, l’espéraient.

Un Villepin entêté...

Pourquoi donc cet entêtement du premier ministre, que de plus en plus de monde dans la droite comme dans le patronat, voire dans son propre gouvernement, lui reproche, ouvertement ou à demi mots ?
Sans doute parce qu’il pense encore pouvoir gagner l’épreuve de force engagée ! Et que de l’issue de celle-ci dépend son avenir personnel, en clair l’espoir de rester dans la course à la présidence lors des élections de l’année prochaine : sans doute aussi !
Mais, contrairement à ce que laissent entendre les commentateurs de droite, de gauche, voire d’extrême gauche parfois, l’enjeu est bien autre que le futur politique du premier ministre. C’est bien pour cela qu’il s’accroche ainsi - alors que même si le CPE finit par être entériné, la crise qu’il alimente depuis des semaines est suffisante pour couler Villepin auprès de sa base sociale, les possédants et l’électorat de droite, tous ceux qui jugent un premier ministre d’abord à sa capacité à maintenir l’ordre - et que s’accroche avec lui, pour l’instant, Chirac, qui pourtant lui n’a plus aucun avenir présidentiel à préserver.
Ce n’est pas en effet sur le fond que patrons et hommes de droite ou du centre adressent, maintenant, leurs critiques. Tous sont d’accord qu’il faut « réformer » et que le problème de ce pays ce seraient les rigidités d’un code du travail suranné qui protègerait encore bien trop les salariés. Pour avoir osé le CPE, après le CNE, et en attendant le contrat unique qui remplacerait définitivement le CDI, Villepin n’a recueilli, et ne recueille encore que des louanges. Et quand celles-ci se sont faites modérées, par exemple de la part du Medef, par la bouche de sa présidente Laurence Parisot, c’était pour reprocher au gouvernement de ne pas aller assez fort, assez loin et assez vite (reproche que Villepin doit particulièrement apprécier aujourd’hui...). Pourquoi réserver le CNE aux entreprises de moins de 20 salariés ? Pourquoi le CPE aux moins de 26 ans ? Pourquoi pas tout de suite et à toutes les entreprises, le droit de licencier à volonté et sans justification pendant les deux premières années ?
Ce qu’ils reprochent donc à Villepin, maintenant, c’est la « méthode ». Entendons qu’il n’a pas su faire avaler la pilule de gré ou de force sans déclencher une révolte dans les universités et les lycées et précipiter des millions de jeunes et de travailleurs dans la rue.
Car ce qu’ils craignent ce n’est plus seulement que le retrait du CPE retarde les réformes du code du travail qu’ils appellent de leurs vœux. C’est, maintenant que ce retrait sera de toute évidence obtenu sous la pression de la rue et de la grève, un changement dans le climat social du pays. Après des décennies où les classes possédantes ont fait la loi, imposé recul après recul, voilà les travailleurs qui les forceraient à reculer à leur tour ? Et par là reprendraient espoir d’entamer enfin la contre-offensive du monde du travail, tous azimuts comme l’a été depuis 25 ans l’offensive capitaliste, et d’imposer, immédiatement ou à court terme, avec le retrait du CPE, celui du CNE et des lois favorisant la précarité, le chômage et les licenciements, ou encore les revendications essentielles sur les salaires ou les conditions de travail.

... une jeunesse qui l’est encore plus...

C’est pour cette raison que la jeunesse étudiante et lycéenne... s’est entêtée et s’entête toujours, elle aussi. L’avenir du monde du travail c’est également son propre avenir. La majorité des étudiants et des lycéens n’ont d’autre futur que d’être demain des salariés, des prolétaires (en fait une bonne partie d’entre eux le sont déjà, devant travailler, en général dans les petits boulots précaires, pour poursuivre leurs études). La jeunesse ouvrière est aujourd’hui dans les universités et les lycées (ce que ne semblent pas comprendre tous ces sociologues qui s’efforcent de discerner les différences du mouvement actuel avec celui de Mai 68, et les étudiants de l’époque qui, paraît-il, rêvaient de changer le monde alors que ceux d’aujourd’hui ne rêveraient que de s’y intégrer pour s’y faire une place stable : comme si aujourd’hui rêver d’en finir avec la précarité... ce n’est pas vouloir changer ce monde justement !).
Encore plus que dans des périodes précédentes, sur un problème comme celui du CPE, l’idée de s’adresser aux travailleurs et à leurs organisations était donc quasi naturelle, même si elle a été popularisée par les militants des organisations de gauche et d’extrême gauche. Et même si elle a pris corps grâce aux mêmes. Car si les confédérations syndicales ont très vite, dès le 7 février, programmé des journées d’actions et de manifestations c’est à la suite des propositions des organisations syndicales et politiques de la jeunesse. Et si elles en ont organisé de plus en plus rapprochées et de plus en plus vigoureuses (7 février, 7 mars, 18 mars, 28 mars), c’est parce que le mouvement étudiant puis lycéen, tout en continuant à faire appel aux organisations ouvrières, a entre temps maintenu et fait monter la pression, en s’étendant, manifestant, faisant grève, bloquant les universités et les lycées, et par là gagnant à sa cause (ou plutôt à la conscience de la nocivité du CPE) la majorité de la population et des travailleurs.
C’est aussi parce que le mouvement de la jeunesse s’est donné une organisation à lui, pas contre les organisations syndicales ou même les partis de gauche, sur lesquels il comptait et compte toujours, mais indépendante : assemblées générales, comités de mobilisation, coordinations locales, coordination nationale. Une organisation souvent confuse et « bordélique », où fleurissent les idées utopiques, farfelues, voire parfois contre-productives, mais une organisation qui a été capable d’impulser et mettre sur pied blocages, grèves, manifestations, contacts avec le monde du travail et la population laborieuse, en bref toute l’agitation de la jeunesse depuis deux mois, sans laquelle le mouvement n’aurait pas atteint le point où il en est... ou même n’existerait sans doute plus.

... une gauche qui le semble beaucoup moins...

La gauche, Parti socialiste en tête, a jusqu’ici soutenu la protestation de la jeunesse et le mouvement contre le CPE. Ses militants jeunes, MJS ou MJC, par l’intermédiaire des syndicats étudiants, Unef, CE, UNL ou Fidl, ont participé à son extension et, même si c’est parfois avec réticence, son organisation.
Ce soutien a eu ses limites dès le début. D’abord le PS a vu l’occasion de renforcer son image d’opposant en se faisant le porte-parole des protestations au Parlement bien plus que celle de lancer un véritable assaut par un mouvement populaire de la rue, dont sans aucun doute il se méfie autant que la droite. Cette ambiguïté est soulignée par l’attitude de tous ses leaders, François Hollande, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, se pavanant dans les manifestations, tout heureux sans doute de ne pas en être expulsés comme ils le furent parfois dans des précédentes, mais se gardant bien de reprendre à leur compte les objectifs qui dépassent le CPE (par exemple contre le CNE ou la précarité comme le réclament la majorité des jeunes, et beaucoup de moins jeunes, mobilisés) et avançant des solutions de remplacement de celui-ci... qui aboutiraient à peu près au même (c’est-à-dire, en substance, sous couleur de « formation », laisser le jeune arrivant sur le marché du travail dans une situation guère moins précaire).
Et aujourd’hui alors que le gouvernement fait mine d’être plus décidé que jamais à imposer ses projets scélérats, loin d’appeler à intensifier la riposte populaire, ils mettent en garde... Chirac : ne promulguez pas, s’il vous plaît, vous risquez d’aggraver la situation (entendre par là : de précipiter toujours plus de monde dans la rue et mettre toujours plus de travailleurs en grève).
Si c’est pourtant bien ce qui se produit - comme nous l’espérons au cas où le gouvernement ne cède pas dans les heures qui viennent - ce ne sera donc pas parce qu’ils l’auront voulu ou y auront contribué. Les bourgeois sont prévenus... les jeunes et les travailleurs aussi !

... des confédérations syndicales qui ne le sont pas beaucoup plus

Les confédérations syndicales ont, elles, réellement joué leur rôle dans la montée de la mobilisation. Du 7 février au 28 mars dernier, c’est grâce à elles sans aucun doute que journée d’action après journée d’action, les manifestations ont été de plus en plus imposantes et les appels à la grève et aux débrayages se sont multipliés.
Bien sûr, si elles ont poussé ainsi les travailleurs à répondre à l’appel de la jeunesse mobilisée c’est parce qu’il y avait cet appel et cette mobilisation (mais il est juste de noter que les journées d’action organisées par les confédérations ont à leur tour contribué à conforter et étendre la mobilisation étudiante).
Aujourd’hui pourtant face à un gouvernement qui paraît se durcir encore et faire monter les enchères, les confédérations semblent hésiter entre répondre comme elles l’ont fait jusqu’ici en durcissant elles-mêmes leur attitude... ou prendre la voie empruntée par la gauche.
Certes, dès le 29 mars, et devant le refus renouvelé de Villepin de retirer le CPE, elles ont appelé à une nouvelle journée de grèves et de manifestations pour le mardi suivant, 4 avril. Mais depuis quelques heures, à la suite de la validation de la loi par le Conseil constitutionnel, Jean-Claude Mailly, François Chérèque et d’autres implorent Chirac de ne pas promulguer et de renvoyer le texte devant le parlement. Auquel cas ils promettent en contrepartie quasi explicitement... d’annuler la journée de mardi prochain. Drôle de manière d’aller à l’épreuve de force, en rechignant et à reculons, et pas la meilleure façon de se donner tous les moyens de la gagner.
Pourtant les décisions des centrales syndicales ne dépendent pas que de leurs directions. Il y a les jeunes mobilisés. Il y a aussi les travailleurs et les militants syndicaux. La suite que donneront au mouvement les confédérations dépend aussi de tous ceux-là et de leur volonté de continuer et d’amplifier la lutte et d’étendre les objectifs.
Déjà, par exemple, la décision d’appeler à nouveau travailleurs et jeunes à manifester et à faire grève dès la semaine prochaine n’a pas fait que répondre logiquement à la situation et à l’attitude bloquée du gouvernement. Elle doit aussi au fait que la coordination nationale étudiante (dont les confédérations syndicales ont dû petit à petit reconnaître l’existence et tenir compte) avait proposé dès avant celle du 28 mars une nouvelle grande journée d’action avec les salariés : le 4 avril justement ; au fait que les étudiants et lycéens se sont manifestés à nouveau dans les heures qui suivaient le 28 mars en bloquant routes ou voies ferrées ou de nouveaux lycées pour répondre au propos arrogant de de Robien ; et enfin que dans les entreprises de très nombreuses équipes syndicales ont demandé une suite rapide et toujours plus vigoureuse (souvent à la suite de la visite de certains étudiants).
Il est donc clair que cette suite dépend de la continuation de la mobilisation des étudiants et lycéens, de leur volonté et capacité à amplifier leur liaison avec les travailleurs, et parmi ceux-ci d’une volonté grandissante de joindre leur combat à celui de la jeunesse. Même s’il ne s’agit encore aujourd’hui, chez les travailleurs, que de minorités : il y a deux mois le mouvement chez les étudiants a commencé aussi avec des minorités qui en ont gagné peu à peu d’autres. Le mouvement d’ensemble pourrait commencer de la même manière : ici ou là les secteurs les plus déterminés qui se mettent en grève, par exemple à l’occasion de la journée du 4 avril... et y restent, et s’efforcent d’étendre, par l’exemple ou les contacts avec d’autres. Les confédérations peuvent difficilement se décider à appeler à une grève générale, parce que tous les travailleurs ne sont pas encore tous prêts à s’y mettre ? Admettons. C’est donc à la base de le faire, à commencer par les minorités décidées. Ce sont elles qui décideront à leur tour les centrales... du moins celles, s’il y en a, qui peuvent être bougées. Les autres on s’en passera. C’est ainsi que ça s’est passé en Mai 68.
Mais alors tout est possible : y compris d’aller vers le mouvement d’ensemble et la grève générale, y compris d’imposer des objectifs bien au-delà du seul retrait du CPE, que Chirac promulgue ou promulgue pas. A faire regretter à Villepin et aux patrons d’avoir jamais eu l’idée d’instituer celui-ci.
31 mars 2006

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Réactions à cet article

  • Je suis une maman de 40ans et je trouve que les jeunes on bien raison de se défendre contre se gouvernement de voleurs et de barbars il prennent nos enfants pour des idiots je suis fière de voir toutes cette jeunesse dans la rue pour dire non et non, quand a chirac qui dis qu’il faut de la discipline il me donne envie de vomir parceque il devrait être le premier a rentré en prison pour tout les voles qu’il à commi et je voudrais que les jeunes n’oubli pas qu’il ya beaucoup de maman comme qui somme au chômage dés fois on a de trés grosse difficultés a nourrire nos enfants et c’est pourquoi il doivent continuer à se battre pour vivre un meilleur avenir que nous

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