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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 102, novembre-décembre 2015

Élections présidentielles américaines

Autres candidats, autres plates-formes politiques, mais la même vieille politique électorale

Mis en ligne le 9 décembre 2015 Convergences Monde

Des camarades américains nous écrivent :

La période électorale s’est ouverte aux États-Unis bien plus d’un an avant les élections présidentielles qui auront lieu en novembre 2016. Les candidats tant du Parti républicain que du Parti démocrate se sont déclarés et ont commencé leur autopromotion dans une campagne électorale dont la presse d’affaires américaine estime qu’elle pourrait coûter jusqu’à dix milliards de dollars. Les candidats sont aussi apparus dans toute une série de débats télévisés où ils débattent entre eux. En février, ce sera le début des primaires.

Alors qu’on s’attendait à une victoire facile d’Hillary Clinton pour le camp des Démocrates et de Jeb Bush pour celui des Républicains, deux voix discordantes ont émergé : chez les Républicains, la voix de Donald Trump, un homme d’affaires milliardaire, et, chez les démocrates, celle de Bernie Sanders, un démocrate socialiste de l’État du Vermont. Tous deux ont été largement couverts par les médias, recueillent de bons résultats dans les sondages et suscitent visiblement des réactions du public.

Donald Trump

Considérer Trump comme un clown et une « grande gueule » serait une grossière erreur. La campagne qu’il mène montre qu’il y a une réelle opportunité pour une politique réactionnaire jouant sur les craintes et la colère populaires. Il transforme les victimes de la crise en boucs-émissaires, à la façon dont l’avait fait l’aile droite du Parti républicain, le Tea Party, qui avait cherché à développer les sentiments nationalistes, sexistes, racistes et anti-immigrés. Ses diatribes trouvent un écho important au sein de la classe ouvrière, en particulier blanche, et au sein de cette partie des classes moyennes qui a le sentiment que son niveau de vie est attaqué.

Bernie Sanders

Né à New York, à Brooklyn en 1941, Bernie Sanders s’est installé après ses études dans l’État du Vermont, un petit État de la Nouvelle-Angleterre. Il a travaillé comme menuisier et comme réalisateur de documentaires avant de s’engager dans une carrière politique. Sanders a introduit quelque chose de tout à fait nouveau dans une campagne présidentielle américaine : il se dit socialiste. L’accueil qu’il a reçu dans la population a été étonnamment favorable. Sa candidature en tant que socialiste correspond sans doute à un changement d’attitude de la population. Un récent sondage Gallup montre que 47 % des Américains envisageraient de voter pour un candidat socialiste. Ce qui tranche sur les positionnements antisocialistes et anticommunistes qui ont marqué la politique des États-Unis par le passé.

20 novembre 2015, Amy BERMAN


Qui soutient Sanders ?

Sa campagne attire les gens comme l’avait fait la campagne d’Obama en 2008. Dans les deux cas, les campagnes ont été lancées dans une période exempte de grands mouvements populaires, marquée par un profond cynisme et une passivité générale. Bill McKibben, un des principaux dirigeants de 350.org, le plus grand groupe écologiste des États-Unis, fait activement campagne pour Sanders. Nous avons en tout cas perçu des signes certains de soutien pour Sanders dans la région de San Francisco parmi les étudiants et les militants écologistes.

Le succès de ses meetings

La campagne de Sanders a suscité un certain enthousiasme qui s’est traduit à l’échelle nationale par une fréquentation à ses meetings qui a dépassé 100 000 personnes : 28 000 à Portland dans l’Oregon, 15 000 à Seattle dans l’État de Washington, et 10 000 à Madison dans le Wisconsin, des villes toutes marquées à gauche ; 5 200 et 8 000 dans deux universités du Texas, 27 500 à Los Angeles (cinq fois la taille d’un rassemblement similaire organisé par Hillary Clinton), 11 000 à Phoenix, et 4 500 à la Nouvelle-Orléans. Il a recueilli plus de 41,5 millions de dollars provenant de plus de 750 000 personnes depuis début novembre, alors qu’il n’accepte que de petites contributions. Clinton a recueilli plus de 90 millions de dollars durant la même période, mais provenant pour beaucoup de riches donateurs et d’entreprises. Sanders devance Clinton dans les sondages dans certains États et, à l’échelle nationale, est donné à 30 % contre 50 % pour Clinton. Quant à Clinton, elle a davantage d’appuis dans l’establishment politique : neuf gouverneurs et cent quarante-deux membres du Congrès, contre seulement deux membres du Congrès pour Sanders.

L’appui de syndicats combatifs

Sanders est soutenu par le National Nurses United, le syndicat des infirmières, qui participe activement à sa campagne, et l’American Postal Workers Union, le syndicat des postiers. Il s’agit, dans les deux cas, de syndicats nationaux qui ont un passé combatif et sont aujourd’hui plus actifs que la plupart des autres syndicats. Le Communications Workers of America (CWA, Syndicat des communications d’Amérique), l’Amalgamated Transit Union (ATU, Syndicat uni des transports) et l’Association of Flight Attendants (l’Association des agents de bord), là encore des syndicats nationaux au passé plus combatif, ont contribué à la campagne Sanders, même s’ils ne l’ont pas publiquement approuvée. D’autres responsables syndicaux ont apporté leur aide et sont apparus aux rassemblements. Un groupe de 80 000 membres s’est constitué, « Labor for Bernie » – un jeu de mot voulant dire « On se démène pour Bernie » et « Les travailleurs pour Bernie » ; ses membres font pression sur leurs syndicats nationaux pour qu’ils appuient Sanders : un certain nombre de syndicats locaux des États où les primaires auront bientôt lieu ont déjà exprimé leur soutien, même si les syndicats nationaux auxquels ils sont rattachés ne l’ont pas fait.

Tout cela est assez inhabituel. Certains des autres grands syndicats, et l’AFL-CIO elle-même, attendent l’issue des primaires pour donner leur soutien à un candidat. Il est possible que cela soit destiné à faire pression sur Hillary Clinton afin qu’elle donne certains gages aux syndicats, mais cela peut être dû à une certaine pression de la base qui est pro-Sanders, en tout cas anti-Clinton.

Dans notre région, sur la côte ouest, à l’extérieur du milieu syndical plus combatif, il ne semble pas y avoir beaucoup de discussions à propos de Sanders dans les entreprises où nous intervenons jusqu’à présent. La situation est probablement différente sur la côte est, où Sanders est mieux connu.


Le passé politique de Sanders et son programme actuel

Sanders a été élu maire de Burlington, la plus grande ville du Vermont, en 1981. Il a rempli quatre mandats pendant lesquels il s’est distingué par son action pour des logements abordables, les impôts progressifs, les mesures de protection de l’environnement, les services de garde d’enfants, les programmes en direction de la jeunesse et les droits de femmes. Il est ensuite devenu membre de Congrès du Vermont, poste qu’il a occupé pendant 16 ans avant de devenir, en 2006, sénateur du Vermont. Tout au long de sa carrière, il s’est présenté comme un indépendant, en dehors des cercles proches du pouvoir de Washington. Il s’affirme socialiste démocrate et présente la sécurité sociale, les soins médicaux et la police comme des exemples actuels d’« institutions américaines socialistes ». Il voit dans les pays scandinaves des modèles de la société plus juste et égalitaire qu’il préconise.

En posant sa candidature aux élections présidentielles, il s’est cependant présenté comme un Démocrate. En partie du fait de la loi qui, aux États-Unis, rend pratiquement impossible une candidature indépendante à l’échelle nationale. Quiconque n’appartient pas à l’un des grands partis est quasiment exclu de toute couverture médiatique et, surtout, des débats présidentiels télévisés. Sanders a collaboré avec les Démocrates au Congrès, le pas à franchir pour se présenter à leurs primaires n’était donc pas bien grand.

Les thèmes sociaux

Il s’exprime sur de nombreux problèmes auxquels la population se trouve confrontée : l’environnement, l’enseignement public, l’endettement des étudiants et du chômage. Il se prononce pour un système de santé à guichet unique [1], et le droit d’un travailleur à un salaire décent. Il défend un projet de grands travaux publics pour réparer les infrastructures du pays comme moyen de créer davantage d’emplois. Il dénonce les inégalités de revenu et évoque la nécessité de réformer Wall Street en rétablissant les pratiques interventionnistes du gouvernement qui existaient à l’époque du New Deal. Il parle aussi de la nécessité d’exclure les contributions financières des entreprises du champ politique et de limiter les appétits de Wall Street. Il défend « une politique juste et humaine de l’immigration », les droits des femmes et l’égalité pour la communauté LGBT. En résumé, son programme est ce qui était autrefois considéré comme le programme de l’aile la plus radicale du Parti démocrate.

Il s’est peu exprimé sur la politique étrangère pendant sa campagne.

La question du racisme esquivée

Dans un premier temps, il a esquivé la question criante du racisme auquel nous devons faire face avant de proposer les mêmes vieilles recettes qui ont clairement échoué dans le passé, qu’il s’agisse de lois nouvelles ou de programmes sociaux. Quant à sa prise de position sur la police, elle a choqué alors que, dans la dernière période, l’attention s’était focalisée sur les violences policières et les manifestations des Black Lives Matter [2]. Il se situe loin derrière Hillary Clinton parmi les électeurs démocrates noirs.

Rabatteur de voix de gauche pour Clinton ?

Sanders critique les Républicains, mais s’abstient de critiquer Clinton et a indiqué que si ce n’est pas lui qui est choisi en novembre comme candidat à la présidence, il soutiendra le candidat démocrate désigné. Sa campagne aurait alors servi à rabattre ceux qui sont, à juste titre, dégoûtés par le parti, et à les convaincre de voter quand même démocrate.

Malgré l’apparence de changement que présente le programme politique de Sanders, il s’agit en réalité du même vieux piège électoral qui se joue tous les deux ou quatre ans. Il s’agit toujours du même Parti démocrate qui a maintes fois éloigné les gens de la rue, leur proposant plutôt le combat électoral. Pour quels résultats ? Pour soutenir et financer combien de guerres ? Combien d’attaques de drones, de tortures, de restrictions des libertés, d’expulsions d’immigrés ? Pour que les contribuables volent au secours de Wall Street ? Pour ce qui n’est qu’un autre moyen de servir « les 1 % » [3], les différences n’étant que cosmétiques et de style ? Toutes les solutions de Sanders consistent à espérer changer quelques lois et à faire passer quelques nouvelles mesures sociales, tout en maintenant le même système.

A.B.


[1Single payer health care, système de santé à guichet (ou payeur) unique, qui peut être public (Grande Bretagne) ou privé (Canada), par opposition aux systèmes de santé à guichets (ou payeurs) multiples, où les soins sont remboursés par plusieurs organismes auxquels l’individu adhère, ou non, à titre privé.

[2Littéralement : Les vies noires comptent. Il s’agit d’un mouvement de Noirs américains né après l’acquittement, en 2013, de l’assassin d’un jeune Noir en Floride, Trayvon Martin.

[3« Nous sommes les 99 % ! » était un slogan du mouvement Occupy. Senders a pour sa part dénoncé le fait que « presque toutes les nouvelles recettes et richesses vont aux 1 % qui composent la tranche supérieure de la société ».

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Numéro 102, novembre-décembre 2015