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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 111, février-mars 2017

Autriche

Attaque gouvernementale frontale contre les classes populaires

Mis en ligne le 12 mars 2017 Convergences Monde

Après une élection présidentielle en Autriche qui l’an dernier a tenu du polar [1], avec remake à l’automne pour cause de résultats trop serrés, le pays a échappé à une victoire du FPÖ (Parti autrichien de la Liberté, d’extrême droite), pour être présidé par un ancienVert, Alexander Van der Bellen. Plus très « vert », pas seulement en raison de son âge. En conséquence, l’ancien chancelier social-démocrate Werner Faymann (qui a accusé le coup de la chute de la social-démocratie à 11 %, comme la droite d’ailleurs) s’est retiré, ou a été démissionné, en faveur d’un chancelier fédéral de son même parti mais se présentant comme plus à gauche, Christian Kern - ce qui a fait naître quelque espoir d’un coup de barre à gauche de la social-démocratie [2]. Espoir fugitif : le nouveau gouvernement vient de présenter son programme pour les deux années à venir, une attaque contre les droits des travailleurs, la plus salée qu’on en ait connue depuis longtemps. Ce plan devrait être appliqué dans l’année et demie qui vient.

Le nouveau chancelier Christian Kern, ex-PdG des chemins de fer, a d’abord présenté son « plan A » en tant que président du SPÖ (Parti social-démocrate d’Autriche) et sur un ton patelin, prétendument pour « favoriser l’économie ». Puis il s’est adressé sous forme ultimatiste à son partenaire de coalition, l’ÖVP ou droite traditionnelle (Parti populaire d’Autriche). Il fallait faire vite... adopter dans la semaine un nouveau programme de gouvernement. Mais où était le problème puisque le contenu du dit programme consistait essentiellement en anciennes revendications de la droite (ÖVP), voire de l’extrême droite (FPÖ) ? Même le parti néofasciste « Identitäre Bewegung » (Mouvement identitaire) a félicité le gouvernement. Interrogé sur le « rouge » de son programme (couleur de la social-démocratie), Kern a expliqué qu’il ne fallait pas voir rouge, mais « rouge-blanc-rouge »... la couleur du drapeau national autrichien !

Il y a deux volets aux attaques. Le gouvernement commence par des mesures sécuritaires fleurant le racisme, en misant probablement sur le fait qu’il ne suscitera pas de réaction. À voir... Il envisage ensuite des mesures démantelant les lois assurant quelque protection du travail, en particulier protégeant le temps de travail (sur un modèle « El Khomri »), en laissant jusqu’à juin aux syndicats et au patronat pour s’entendre sinon le gouvernement ferait promulguer une loi. Le tout sur un mode moderne (faire de l’Autriche une « nation start up » !) et bien chauvin (davantage d’emplois... pour les Autrichiens !).

Les grands points de ce programme :

  • Cadeaux aux entreprises

Aspirer le plus possible d’argent populaire vers les caisses du patronat. Il est ainsi question de supprimer les charges salariales (les cotisations de sécurité sociale) des petites entreprises et d’attribuer aux firmes des subventions pour la recherche et l’investissement. L’économie devrait aussi être stimulée par un assouplissement de la protection contre les licenciements et une flexibilisation du temps de travail, incluant la possibilité de généraliser les journées de travail de 12 heures et les semaines de travail de 60 heures. Les chômeurs devront être davantage contraints d’accepter un boulot.

  • Contre les seniors et les jeunes

Côté « anciens » : les réformes des retraites ont pour but de tirer vers le bas les différents systèmes. Côté jeunesse : il est question d’aligner les universités encore gratuites sur le système des écoles supérieures techniques et commerciales payantes. Ce qui signifie l’introduction de frais d’inscription et des conditions d’accès beaucoup plus difficiles, favorisant une élite censée répondre aux besoins de l’économie.

  • Racisme et nationalisme

Une série de mesures spéculent sur les zizanies et les divisions : interdiction de la burka dans l’espace public, interdiction d’exercer une activité professionnelle en portant le voile, obligation pour les réfugiés d’effectuer du travail gratuit, genre de nouvel esclavage qui tire les salaires et les conditions de travail des salarié(e)s vers le bas. Des caméras de surveillance et un plus grand nombre de militaires devraient sécuriser les frontières et intensifier la chasse aux réfugiés. Cette politique gouvernementale xénophobe (alors qu’une partie importante de la population autrichienne s’était montrée accueillante envers les migrants) se cache derrière l’excuse hypocrite d’« intégration, plutôt que nouvel afflux ». Le gouvernement mise sur le nationalisme et accuse les travailleurs migrants d’être à l’origine du chômage montant. On envisage aussi de donner prioritairement des jobs aux citoyens autrichiens plutôt qu’aux citoyens européens. Ce qui est contraire aux lois de l’UE mais vise à masquer la responsabilité des patrons et des capitalistes et à rejeter la faute du chômage et des bas salaires sur les étrangers. Ce langage est celui des Trump, Le Pen et autres braillards nationalistes.

  • Surveillance et répression

Bien que l’Autriche soit l’un des pays les plus sûrs au monde, le gouvernement brandit une prétendue menace extrême pour justifier d’importantes mesures de surveillance : bracelets électroniques pour des individus potentiellement dangereux n’ayant pas commis de délit ; surveillance par caméras vidéo amplifiée et centralisée ; mise sur écoute d’habitations, voitures et espace public. Les communications par internet et les Messenger des smartphones seront espionnés par des logiciels et les fournisseurs d’accès devront enregistrer et mettre à la disposition du gouvernement toutes les données. Limites au droit de manifester.

  • Logement

Cadeaux au capital. De nouvelles mesures veulent faciliter l’investissement dans la construction de logements publics et semi-publics avec possibilité de profits dans un secteur jusqu’ici protégé. Les cadeaux faits aux riches et de petites mesures symboliques telles que la distribution gratuite de tablettes aux écoles et l’installation d’un réseau WLAN devront être financés par des économies et des réductions budgétaires.

  • Ce n’est pas dans les urnes que ça se passe !

De nombreux sympathisants de gauche, ou libéraux, s’étaient sentis soulagés l’an dernier par la défaite du candidat d’extrême droite, Norbert Hofer, lors de l’élection présidentielle. Le réveil est un peu dur ! La politique d’extrême droite, qui n’a pas pu se glisser par la fente des urnes, revient par la grande porte de la politique gouvernementale. Certains croyaient lui avoir barré la route, mais elle a trouvé une voie royale... dans la politique des grands partis traditionnels coalisés ! La vraie riposte n’est décidément pas dans les faux choix électoraux. Elle consiste à combattre ces plans anti-ouvriers et anti-populaires, dans les entreprises et dans la rue, sous peine d’accélérer la désagrégation sociale sur laquelle l’extrême droite prospère. En Autriche comme ailleurs... l’avenir dépendra des mobilisations des travailleurs.

23 février 2017, Florian WEISSEL


[1Voir notre article dans Convergences Révolutionnaires n°106, de juillet-août 2016. Le candidat d’extrême droite réalisait 49,7 % au second tour le 22 mai, distancé de 31 026 voix par un ancien-Vert qui faisait 50,3 %. Mais, disions-nous, « Ni franchement chemise brune le premier, ni franchement vert le second ». Cette élection avait été annulée, puis rejouée en décembre dernier avec une défaite plus large du FPÖ. À noter encore que la fonction de président de la République en Autriche n’a pas l’importance qu’elle a en France par exemple.

[2Mais le gouvernement reste de « grande coalition » entre la social-démocratie et la droite... Un grand classique en Autriche. Social-démocratie et droite ont gouverné ensemble de 1945 à 1964, puis un intermède social-démocrate « pur » et quelques années de gouvernement social-démocrate et extrême droite au début des années 1980, puis à nouveau grande coalition gauche-droite depuis 1987. Intermède droite-extrême droite au début des années 2000 pour retomber dans la coalition entre la social-démocratie et la droite, celle précisément que les électeurs ont durement sanctionnée au printemps 2016 en donnant la première place à l’extrême droite et en accordant à chacun de ces grands partis 11 % des voix. Un discrédit électoral historique.

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