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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 20, mars-avril 2002 > Dossier : Combattre la mondialisation ou le capitalisme ?

Dossier : Combattre la mondialisation ou le capitalisme ?

Anti-mondialisation : habits neufs et vieilles lunettes

Mis en ligne le 1er avril 2002 Convergences Politique

Que des centaines de milliers de jeunes – et moins jeunes d’ailleurs – fassent renaître à Gênes un petit parfum de 68, que des milliers de délégués venus de dizaines de pays différents se retrouvent ensemble pour organiser des résistances communes contre les excès du capitalisme tout en affirmant qu’un « autre monde est possible » est évidemment assez réjouissant et il n’y a pas de raison de bouder son plaisir.

Certes on trouve vraiment de tout dans l’actuel mouvement « anti-mondialisation » : des associations, des ONG, des syndicats, et même des partis politiques (d’ailleurs très présents à Porto Alegre). Mais pour ses participants, c’est justement l’une de ses qualités d’être capable de fédérer toutes ces énergies : c’est le cas par exemple lorsque autour d’un projet de barrage, on retrouve côte à côte des militants qui dénoncent les atteintes à l’environnement, les expulsions de paysans pauvres, le mépris envers les peuples indigènes, l’absence de protection même minimale pour des ouvriers surexploités, la toute puissance des multinationales, et la rapacité d’actionnaires prêts à tout pour obtenir leur 15 % de rendement.
Tous ensemble ? Ouais ! Et tant mieux si ces luttes locales s’insèrent elles-mêmes dans un réseau de luttes souvent identiques menées ailleurs dans le reste du monde. Tant mieux si cela peut accélérer une prise de conscience plus globale sur des mécanismes économiques qui perpétuent effectivement partout la même oppression et la même exploitation d’un bout à l’autre de la planète.
Mais ce n’est évidemment qu’un aspect. Le mouvement « anti-mondialisation » est aussi une sorte de grand bazar, avec ses comités d’experts (ou prétendus tels) et ses luttes de travailleurs pauvres confrontés à la répression ; ses organisations habituées au lobbying dans la plus pure tradition nord-américaine auprès des groupes parlementaires et des instances internationales, et d’autres qui se veulent plus « radicales » et parfois expertes à occuper la rue. Or à vouloir être « tous ensemble », la tentation est grande de rechercher un projet assez consensuel pour réunir tout ce monde, et du coup ne retenir que les propositions les plus platement réformistes, même si elles sont agrémentées de quelques formules apparemment radicales contre « l’ultralibéralisme ».

L’auberge espagnole

Ainsi « l’appel des mouvements sociaux » adopté à l’issue du deuxième forum social mondial est de ce point de vue assez significatif. Comme le mouvement lui-même, c’est un peu l’auberge espagnole.
Le texte semble éviter certains écueils. Ainsi la tentation du protectionnisme (qui n’est rien d’autre que la défense d’une fraction de la bourgeoisie contre une autre) et celle qui consiste à attaquer les institutions internationales pour mieux dédouaner les gouvernements en place existe toujours au sein du mouvement. Mais elles ne s’expriment guère dans cet appel. C’est au contraire la responsabilité des gouvernements qui est mise en cause (c’est également le cas dans le manifeste publié par ATTAC en janvier dernier). La condamnation de la guerre menée par les grandes puissances en Afghanistan est aussi explicite même si elle n’a pas dû être évidente pour tout le monde. Enfin certaines propositions comme l’annulation pure et simple de la dette du Tiers-Monde donnent à cet appel une allure radicale (même si ce genre de mesure ne résoudrait rien sur le fond... en admettant qu’elle pût être imposée) qui peut plaire et attirer tous ceux que le capitalisme et la politique des Etats impérialistes révolte.
Mais ce radicalisme tombe vite à plat. Car ce qui est en cause selon cet appel, c’est le « modèle économique néolibéral » et l’absence de démocratie, de transparence et de contrôle des « peuples » sur « leur » gouvernement ou Etat.
C’est un vieux débat. Mais c’est surtout une duperie. Peut-on réellement encadrer le capitalisme, l’amender, et finalement l’obliger à servir un peu mieux l’intérêt général ? Peut-on compter pour cela sur les élections, sur le parlement, et croire que les gouvernements et les Etats peuvent devenir autre chose que des instruments au service de la domination d’une seule classe ? Ou penser que l’ONU puisse être un instrument de « médiation internationale » capable de s’opposer aux logiques de guerres dénoncées par ailleurs ? Comme si l’ONU pouvait être autre chose qu’une feuille de vigne destinée à légitimer les interventions des puissances impérialistes !

Avec un gros zeste d’illusion démocratique

Ce qui peut paraître nouveau et prometteur dans ce mouvement à l’allure protéiforme est justement ce qui peut être aussi un piège.
Ainsi beaucoup de gens sont attirés en croyant notamment qu’ils pourront y faire de la politique autrement, et que leur engagement ne sera pas récupéré, dévoyé, par de gros appareils ayant surtout des ambitions politiciennes. Les arguments sont toujours les mêmes : parce que ce n’est pas un parti politique, parce qu’il n’aspire pas à prendre le pouvoir mais à être un « contre-pouvoir », parce qu’il fonctionne en réseau, en permettant à chacun de prendre les initiatives qui lui semblent utiles.
A l’extrême-gauche, on nourrit également quelques illusions – pas exactement les mêmes mais avec bien souvent les mêmes arguments – en pensant notamment que la trajectoire politique de cette nébuleuse en mouvement – qui semble se radicaliser de Seattle à Gênes – est loin d’être tracée à l’avance. Tout serait donc possible.
Mais qui dirige réellement ? Les militants d’ATTAC réunis au Zénith au mois de janvier en savent maintenant quelque chose, découvrant le jour même où ils sont invités à le distribuer, le manifeste de leur organisation, sans avoir eu la moindre possibilité auparavant de le critiquer et encore moins de participer à son élaboration.
Voilà donc une organisation qui prétend soumettre la bourgeoisie mondiale au contrôle d’une « démocratie participative », et qui accepte pour commencer de se soumettre à la dictature de ses membres fondateurs et autres prétendus experts, incontrôlables et inamovibles, bien plus soucieux à l’évidence de se faire recevoir par leurs amis socialistes au parlement que de rendre des comptes aux groupes locaux ! Ces derniers peuvent toujours prendre les initiatives qu’ils veulent, et tenir tous les discours qu’ils veulent – ils sont libres, certes oui ! – mais les dirigeants d’ATTAC, les Cassen, Tartakowski ou Susan George sont bien plus libres encore de dire ce qu’ils veulent et imposer leurs vues.
Et c’est aussi vrai à l’échelle de tout le mouvement. Toute sa stratégie consiste à faire entendre soi-disant la « société civile » auprès des Etats et des instances internationales, en fait à intervenir au travers de ses réseaux de parlementaires et autres spécialistes en lobbying. Il peut bien y avoir à côté quelques grandes messes et autres forums virtuels sur le Net, on peut même laisser certains s’agiter et tenir la rue, en pensant qu’il est toujours utile de construire un rapport de force. Mais qui fera la politique dans cette histoire ? Avec quels moyens de contrôle ? Bien des dirigeants du monde impérialiste savent sans doute à quoi s’en tenir et sont prêts – Jospin en tête – à offrir des strapontins dans les instances gouvernementales.
D’ailleurs, toutes ces personnalités si diverses qui à Porto Alegre se sont répandues en dénonciations virulentes contre tel ou tel aspect du monde actuel, que font-elles donc une fois rentrées à la maison pour faire participer les citoyens et traduire leurs discours en acte ?

Pour la construction d’un parti mondial de la révolution prolétarienne

La social-démocratie officielle a accédé au pouvoir dans de nombreux pays au cours de ces vingt dernières années (pas seulement en Europe) sans faire autre chose que gérer le système tel qu’il est, se faisant même l’artisan des réformes néo-libérales ! Elle a donc forcément à côté d’elle bien des déçus – qui ont l’impression d’avoir déjà donné – et des jeunes qui découvrent l’oppression et l’exploitation mais n’ont guère d’espoir dans les Jospin, Schröder ou autre Blair, même s’ils gardent toujours des illusions sur les solutions réformistes. C’est justement le rôle d’un mouvement comme ATTAC d’entretenir ses illusions en marge de la social-démocratie aujourd’hui... pour éventuellement ramener tout le monde au bercail demain.
Certes, il ne serait pas juste – de notre point de vue de révolutionnaire – de dédaigner l’actuel mouvement « anti-mondialisation » sous prétexte qu’il ne ferait que dénoncer les excès du capitalisme sans rien remettre en cause radicalement. Après tout, il y a peu de chances que les organisations révolutionnaires gagnent de l’influence sur fond de calme plat. Tant mieux donc si ce mouvement existe et s’il prend une certaine ampleur, même si ce sont d’autres mouvements, d’une autre nature, qui seraient aussi nécessaires. Mais pour gagner de l’influence, il y a intérêt à ne pas prendre des vessies pour des lanternes. C’est malheureusement une tentation récurrente au sein de l’extrême-gauche.
C’est le cas notamment lorsque les camarades de la LCR laissent entendre – parfois explicitement – qu’une nouvelle Internationale révolutionnaire pourrait naître à partir de l’actuel mouvement « anti-mondialisation ». Or si il y a une chance d’influencer et de gagner à notre programme des militants qui découvrent ou redécouvrent la politique au travers de cette mouvance de la social-démocratie, c’est d’abord parce que nous existerons par nous-mêmes, avec la volonté de construire des organisations qui existent réellement sur le terrain des luttes de la classe ouvrière, avec un programme clairement communiste.
Raoul GLABER


La mondialisation « maîtrisée » de Jospin

A la veille du 2° Forum anti-mondialisation, Jospin s’est naturellement fait l’avocat d’une mondialisation « maîtrisée ». Mieux : c’est une sorte de « programme » qu’il a semblé esquisser devant le Conseil économique et social le 30 janvier, au travers d’un certain nombre de mesures à la fois dérisoires et qui ne l’engagent pas beaucoup : un « conseil économique et social » au sein de l’ONU afin d’arbitrer entre les règles multilatérales concurrentes ; des « délégations parlementaires aux institutions internationales » à l’image de celles qui existent pour les affaires européennes au Sénat et à l’Assemblée nationale dans un « souci de transparence » ; une « commission de surendettement » pour les pays émergents au bord de la faillite ; une allocation exceptionnelle de « droits de tirages spéciaux » par le FMI pour les pays très endettés ; et bien sûr la cerise sur le gâteau : un « grand forum citoyen » sur Internet… N’en jetez plus !
Quant au Conseil économique et social, il doit publier prochainement un rapport déjà éventé sur les mesures qui pourraient rapprocher l’OMC de la société civile, et lier commerce international et développement économique : la mise en place d’une « conférence parlementaire » et d’un « forum représentatif de la société civile » auprès de l’OMC ; l’implication de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) dans les travaux de l’OMC ; l’engagement des pays riches à consacrer au moins 0,7 % de leur PIB à l’aide publique au développement (une vieille mesure jamais appliquée mais régulièrement mise à l’honneur) ; ou encore la création au sein de l’ONU d’un « organe de coordination » des « questions liées aux aspects économiques et sociaux de la vie internationale » afin de « parvenir à une meilleure gouvernance mondiale »… Ouf ! Que les puissants tremblent !


Experts en recyclage

ATTAC rassemblant les foules au Zénith, à Paris, puis le succès du Forum social de Porto Alegre, forcément ça s’agite dans le bocal. Extraits :
— Vincent Peillon, porte-parole du Parti socialiste (21/01) : « Les préoccupations qui sont celles du mouvement ATTAC sont tout à fait sérieuses (…) La lutte contre la mondialisation exclusivement financière est aussi au cœur de nos préoccupations ».
— François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste (02/02) : La mondialisation « doit être un sujet de campagne électorale (…) Il faut que l’Internationale socialiste s’adapte à ce qui se passe ».
— Henri Weber, sénateur socialiste et bras droit de Fabius (04/02) : « Voilà un mouvement social historique dont l’articulation avec la gauche gouvernementale est fondamentale. (…) D’ailleurs, ni Lutte ouvrière ni le Parti des travailleurs ne sont là. C’est la preuve qu’ils ne comprennent pas ce qui se passe »… Vraiment ?

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