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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 54, novembre-décembre 2007

Allemagne : Grève tenace des roulants de la Deutsche Bahn

Mis en ligne le 21 novembre 2007 Convergences Monde

Depuis juillet, l’épreuve de force est engagée entre le syndicat des roulants (GdL [1]) et la Deutsche Bahn.

Malgré des années de dégradation des conditions de travail et de baisse des salaires, les deux autres syndicats des chemins de fer (Transnet [2] et GDBA [3]) avaient donné alors leur accord à une maigre augmentation de salaire de 4,5 %, après avoir appelé pour quelques jours à des grèves éparses. Cette fois, rompant avec ses habitudes, le GDL n’a pas signé l’accord et réclamé un contrat collectif propre au personnel roulant, exigeant pour celui-ci (et lui seul) 31 % d’augmentation de salaire, une réduction du temps de travail et des roulements d’équipes meilleurs. Les salaires sont effectivement très bas, peu de week-ends libres, des découchés fréquents, ce qui ne laisse pas grand-chose à la vie personnelle. Trop souvent, l’équipe commence ou se termine loin du domicile et écourte d’autant le repos. La fatigue et la colère sont au rendez-vous.

Depuis juillet, les dirigeants du GdL ont appelé à plusieurs reprises conducteurs et contrôleurs à la grève. De façon toujours limitée dans le temps, souvent pour quelques heures seulement. Cela tient en partie aux interdictions infligées à plusieurs reprises par des tribunaux. Dernière en date en octobre, quand le tribunal du travail de Chemnitz a interdit toutes les grèves sur le réseau grandes lignes et fret, précisément les secteurs qui touchent le plus, au porte-monnaie, la direction et le patronat. Le tribunal avait justifié sa décision par le fait que le mouvement aurait porté atteinte au bien général et que, la Deutsche Bahn agissant à l’échelle européenne, des intérêts de « tiers non concernés » auraient été lésés. Faites grève, mais s’il vous plaît, ne gênez pas le beau monde !

De 30...

Cela dit, au lieu de protester publiquement contre ces dénis de justice et de chercher le moyen de contourner l’interdit, la direction du GdL s’est inclinée. Ainsi en octobre, seuls ont fait grève les roulants du réseau régional et de banlieue. Et le syndicat a décidé lui-même que le mouvement ne durerait pas plus de 30 heures.

Au début novembre, une juridiction supérieure a levé l’interdit. La voie était libre pour faire grève sur tout le réseau. Mais tout en menaçant le pays de paralysie totale, les responsables syndicaux ont néanmoins privilégié la poursuite des négociations… avec une Deutsche Bahn ne voulant rien entendre. La grève fut donc appelée cette fois pour 42 heures, et pour le seul fret. Selon le GdL, il fallait laisser le temps à la direction de faire de meilleures propositions. Logique typique à la bureaucratie syndicale en Allemagne : on ne pourrait pas faire grève et négocier en même temps ! Au grand bénéfice de la Deutsche Bahn à qui la pause a permis de reprendre son souffle et de poursuivre sa propagande anti-grève.

...en 62 heures

Le 14 novembre, c’était à nouveau la grève, pour 62 heures cette fois-ci. Silence sur les voies ferrées du pays, et tout particulièrement à l’Est où le syndicat GdL compte le plus grand nombre d’adhérents. À noter qu’il n’appelle que ses propres membres à la grève, et que les non syndiqués, les conducteurs affiliés à Transnet et les autres catégories de travailleurs de la Deutsche Bahn restent au travail.

Le GdL n’a que les intérêts des conducteurs en vue, dont les conditions de travail et de salaire sont certes difficiles. Mais tous les cheminots sont touchés par les pertes de pouvoir d’achat, les suppressions de postes et la flexibilisation du travail de ces dernières années. Le mécontentement est profond partout, jusqu’aux professionnels des ateliers, nettoyeurs ou agents de sécurité. Et les signes de sympathie des cheminots à l’égard des grévistes du GdL sont nombreux. Comme par hasard, chaque période de grève répand un virus qui augmente l’absentéisme pour maladie.

Cela dit, ces pis aller ne remplacent pas le nécessaire combat commun. Qui n’est pas encore gagné. Malheureusement à ce jour, les responsables du GdL persévèrent dans une optique catégorielle, en laissant croire aux roulants qu’ils auraient des intérêts spécifiques à défendre, qui le seraient au mieux par leur seule et propre lutte.

16 novembre 2007

Sabine MÜLLER


Vaincre l’isolement

La grève des roulants affiliés au GdL éveille la sympathie des milieux populaires. Les équipes de télé ont du mal à trouver des usagers très mécontents. Les grévistes sont eux-mêmes étonnés des réactions favorables, en particulier de réflexions du genre : « En voilà enfin qui tiennent tête à ceux d’en haut ! » La Deutsche Bahn ne s’est guère fait bien voir avec ses augmentations de prix, ses fermetures de gares et de tronçons régionaux, et sa privatisation. La grève des conducteurs prend un air de revanche des petits contre les gros.

Beaucoup de travailleurs ont dû subir des reculs, accompagnés par les appareils syndicaux dominants qui ont tout signé… Qu’un petit syndicat comme GdL redresse la tête, apparaît comme un signal. L’énorme campagne anti-grève de la direction de la Deutsche Bahn finit par exaspérer, même si les gens ne savent pas grand-chose des conditions de travail difficiles. La direction du GdL n’a pas fait l’effort d’informer, ou d’organiser des manifestations publiques. Il y a actuellement d’autres secteurs en mouvement, en particulier des grèves dans le commerce. Mais le syndicat n’incite à aucun lien, aucun contact. Les cheminots grévistes restent ainsi isolés.

Cela dit, la Deutsche Bahn craint la sympathie et la contagion, et a interdit aux grévistes l’accès aux gares, de même que l’accès à certains bureaux où les conducteurs doivent se présenter pour avoir leur feuille de route, qui leur servent de lieu de rencontre. À cela, le GDL a répondu par une consigne écrite demandant aux grévistes… de retourner à la maison !

Comment gagner une grève en restant ainsi isolé, chacun dans son coin, sans aucune info sur ce qui se passe ailleurs, sinon par les médias qui écrivent ce qu’ils veulent ? Du côté de l’appareil, ce ne sont que consignes qui tombent : on fait grève demain, ou on arrête le tant… Pas de réunions de grévistes, pas d’assemblées. Aucune possibilité n’est donnée aux grévistes de décider de leur mouvement, seuls les états-majors décident.

C’est ce qui commence à défriser bien des grévistes qui prennent conscience que c’est autre chose qu’il faudrait faire : déjà partir en grève sans délai imposé, mais aussi rassembler tous les grévistes en dépassant les barrières artificielles entre les différentes filières de la Deutsche Bahn (réseau régional, réseau grandes lignes, fret, S-Bahn). Par exemple à Berlin, des grévistes ont pris l’initiative d’aller voir eux-mêmes ceux d’autres secteurs. Avec l’objectif d’organiser une assemblée de tous les grévistes sur Berlin dès la prochaine période de grève (celle en cours se terminant le 17 novembre à 2 heures du matin). Un nouvel appel devrait être lancé, cette fois « illimité », à partir du 20 novembre. Peut-être l’occasion pour des grévistes d’imposer à la direction de leur syndicat d’autres méthodes… Certes le GdL apparaît combatif. Comparé aux autres syndicats, il l’est certainement. Mais il conçoit lui aussi les grèves « sur ordre », « à la maison » et à intervalles qui laissent à la direction de la DB et au patronat le temps de souffler.

Des grévistes prennent conscience des limites de telles pratiques et ont envie de les bousculer.

S.M.


[1Vieux syndicat catégoriel qui n’organise que les personnels roulants (conducteurs et accompagnateurs).

[2Affilié à la grande confédération DGB, qui chapeaute de multiples autres branches (métallurgie, services publics, etc.)

[3Syndicat d’employés d’État des chemins de fer, genre de fonctionnaires qui pour la plupart n’ont pas le droit de grève en Allemagne.

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