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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 80, mars-avril 2012

À propos des traités européens : Gauche de la gauche ou tigres de papier ?

Mis en ligne le 25 mars 2012 Convergences Politique

On n’est pas encore sorti de la campagne électorale des présidentielles (officiellement elle n’a même pas encore démarré) que les Don Quichotte du bulletin de vote, à la gauche de la gauche, commencent déjà à partir en campagne pour une nouvelle bataille des isoloirs : la demande d’un référendum sur le dernier né des traités européens, le TSCG (Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance) signé le 2 mars par les 25 chefs d’État européens, qui « remettrait en cause le principe démocratique fondamental : la souveraineté du peuple ».

De quoi s’agit-il ?

Se serrer les coudes entre gouvernants

Ce traité a pour but de renforcer les règles dites de « bonne conduite » budgétaire auxquelles les États de la zone euro sont censés être soumis depuis le traité de Maastricht. Et, en premier lieu, la « règle d’or », qui indique que le déficit annuel d’un pays ne doit pas dépasser 3 %, devra être inscrite dans les constitutions ou, en tout cas, rester juridiquement à l’abri d’un éventuel changement de majorité dans les parlements nationaux. Un « déficit structurel » est défini, qui, lui, ne devra pas dépasser 0,5 %. Enfin, les sanctions encourues par les pays contrevenant à ces règles devraient être automatiques.

Ironie du sort, le jour de la signature de ce traité à Bruxelles, l’Espagne et les Pays-Bas annonçaient qu’ils ne pourraient pas tenir leurs engagements en matière de déficit budgétaire. C’est le cas de presque tous les pays de zone euro : ni la France, ni l’Allemagne n’ont présenté de budget respectant cette règle des 3 %, sans se voir imposer aucune sanction. Mais le but du nouveau traité est de se serrer les coudes entre gouvernants pour imposer l’austérité, et de donner plus de moyens aux gouvernements des pays les plus riches et au gouverneur de la Banque centrale européenne pour faire pression sur les gouvernements des autres pays pour qu’ils imposent l’austérité à leurs peuples, malgré les réactions, comme on vient de le voir pour la Grèce.

Un fonds de stabilité pour les banquiers

Parallèlement doit être mis en place un Mécanisme européen de stabilité (MES) qui entrera en vigueur en juillet 2012. Il est censé remplacer le Fonds européen de stabilité financière (FESF) [1], créé à la hâte et de façon provisoire pour financer le sauvetage des banques impliquées par la crise grecque. Le nouveau fonds, le MES, devrait rapidement réunir quelque 500 milliards d’euros auprès des différents États signataires, une somme qui pourra être utilisée pour renégocier la dette de pays membres en danger de faillite. Ce qui suffit à l’écologiste Daniel Cohn-Bendit pour qualifier le MES de fonds européen de « solidarité ». Entre gouvernants ? Avec les banquiers, pendant que la colère explose dans la rue ? Une solidarité des États qui s’accompagnera de son cortège habituel de privatisation des services publics et coupes drastiques dans les salaires et les budgets sociaux.

Quant à François Hollande, fidèle à son credo de « donner du sens à la rigueur », il dit vouloir renégocier le TSCG, juste pour y ajouter quelques vœux pieux sur la « croissance ». Par contre, pas question d’en remettre en cause le cœur, c’est-à-dire les nouvelles « règles d’or » qu’il s’est récemment à nouveau engagé à respecter le plus rapidement possible.

Coordination des luttes, pas des isoloirs

Oui, c’est bien pour tenter de se donner plus de moyens de sauver industriels et banquiers de la crise dont ils sont responsables que les gouvernements européens s’efforcent de moderniser leurs traités.

Mais, forte de l’exemple de la victoire du « Non » au référendum de 2005, ladite « gauche de la gauche » ne rêve que d’une nouvelle bataille de bouts de papiers. En oubliant que, tout majoritaires qu’ils aient été, les bulletins « Non » de 2005 ont fini, comme tout bulletin de vote, dans la corbeille à papier, sans changer d’un iota la politique européenne. Et faudrait-il, comme alors, unir au nom de la « souveraineté populaire » ou « nationale » mécontents de la crise, protectionnistes ou patriotards xénophobes, armés du même bout de papier ? Sans compter que ce référendum dérisoire de 2005, c’est le Président de la République d’alors, Chirac, qui l’avait décidé. Là, il faudrait courir le porte à porte, ou les marchés, pour le réclamer à coup de signatures par cette pétition intitulée « L’Europe, pas sans nous ». Dans la crise actuelle, cela relancerait tout au plus l’industrie du stylo à bille. Et encore !

On voit ce qui se passe en Grèce. On voit ce qui a commencé en Espagne. Et l’on sait, avec l’industrie automobile, avec Florange… ce que les patrons et gouvernants nous préparent ici dans la même voie. Même s’ils attendent le lendemain de la campagne présidentielle pour annoncer les plus sales coups.

Ce qu’il faut, c’est la coordination des travailleurs, les luttes et leur extension. « L’Europe, pas sans nous », c’est si nous sommes dans les rues de toutes les grandes villes, des centres industriels d’Europe, pas dans les isoloirs.

11 mars 2012

Raphaël PRESTON


[1Sur le rôle de ce fond, voir notre article sur la « Restructuration de la dette grecque ».

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