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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 113, juin-juillet-août 2017

Foucherans (Jura)

À l’Ehpad des Opalines, les aides-soignantes en grève

Mis en ligne le 9 juin 2017 Convergences Entreprises

Sur le site du Groupe, « Les Opalines de Foucherans sont un établissement où il fait bon vivre, chaleureux et calme. Le bien-être étant au cœur des préoccupations de l’établissement, les salariés s’investissent dans une démarche d’amélioration permanente de la qualité ».

Mais la réalité est tout autre.

Des soignantes épuisées par un rythme de travail effréné, des arrêts de travail pour dépression, un établissement qui accueille 77 résidents pour 75 places, un usage abusif de CDD… la liste des réclamations du personnel de la maison de retraite privée des Opalines de Foucherans (Jura) est longue. Les aides-soignantes en CDI se sont mises en grève lundi 3 avril, rejointes rapidement par des employés de la cuisine et du ménage.

Elles se battent pour améliorer leurs conditions de travail et une meilleure prise en charge des résidents. Elles réclament l’embauche de quatre aides-soignants supplémentaires, une augmentation de 100 euros net sur leur salaire actuellement de 1 250 euros net pour celles qui sont diplômées, et 50 euros pour la prime de dimanche.

En 2015, la direction a passé les équipes en 10 heures, ce qui lui a permis de supprimer une aide-soignante par équipe. Le matin, elles sont huit pour prendre en charge les 77 résidents, quand elles ne sont pas seulement sept, voire six… car les absences ne sont pas remplacées. Cela veut dire 15 minutes « pour lever le patient, qu’il soit valide ou non, faire sa toilette, l’habiller, l’installer à sa table pour son déjeuner et refaire son lit » déclare une aide-soignante. Le soir c’est 3 minutes 21 secondes chrono pour coucher les 56 premiers résidents. Les 21 derniers le sont par l’équipe de nuit et parfois cela s’étire jusqu’à 23 heures.

Le groupe les Opalines appartient aux familles de Didier Mennechet et Philippe Peculier, lesquelles ont développé ce groupe d’une quarantaine de maisons de retraite (3 200 lits) ainsi que le groupe SGMR Ouest, qui en compte 17. Elles étaient 400e fortune de France avec 150 millions d’euros en 2016, contre 125 millions en 2015, d’après le site Challenges, soit une augmentation de 25 % en un an.

Les résidents payent 2 500 euros par mois. Pourtant la direction ne consacre que trois euros par jour et par personne pour les repas. Certains disent qu’ils ont faim.

On comprend mieux comment ce groupe fait ces profits !

Le groupe a fait venir des salariés de Marseille pour remplacer les grévistes. Un après-midi, les femmes et filles des patrons sont même venues travailler… Et comme par hasard cet après-midi, 15 personnes étaient présentes pour assurer les soins… y compris certaines qui n’avaient aucune qualification pour s’occuper de patients.

Le 18 mai, la direction de l’établissement organise un « premier convoi » de 15 résidents vers d’autres établissements de la région. Les familles ont été averties la veille pour le lendemain. Certaines ont refusé ce déménagement. La direction a répondu par un chantage : « s’il arrive quelque chose, ce sera de votre faute ». Sept familles ont porté plainte contre la direction pour maltraitance vis-à-vis de leur parent. Deux des familles qui ont porté plainte ou qui ont manifesté leur solidarité aux grévistes pensent que leurs parents ont été les premiers sur la liste de ceux que la direction souhaitait voir partir. Elles ont refusé. Aujourd’hui, la direction parle de 10 nouveaux transferts de résidents.

La direction a rompu très rapidement le dialogue en prévenant les grévistes : vous n’aurez rien, ni aujourd’hui, ni demain, ni jamais. Les aides-soignantes n’ont plus de droit de rentrer dans l’établissement, y compris pour aller aux toilettes ! Le directeur régional des Opalines a annoncé que « le préfet du Jura avait dit que s’il n’y avait pas de sortie de conflit, il faudrait fermer [l’établissement] ». Cette menace n’a pas impressionné les grévistes. L’une d’elle a répondu : « s’ils nous laissent le bâtiment pour un euro symbolique, on le reprend en Scop, comme les Fralib. On sait déjà qu’on a une équipe soudée ».

Les grévistes tiennent bon : elles ont le soutien de certains résidents qui viennent les voir avec leur déambulateur pour boire un café avec elles, des familles, de la population et des militants de la région. Lors de la manifestation du 1er mai, elles étaient en tête. Fièrement, elles sont installées devant les Opalines, dans un rond-point très passant. Les automobilistes manifestent leur soutien par un coup de klaxon sympathique.

Elles viennent de créer un syndicat CGT pour signifier à leur direction qu’elles ne veulent pas plier !

23 mai 2017, Anne FONTAINE

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Numéro 113, juin-juillet-août 2017

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