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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 36, novembre-décembre 2004

A La Poste : les faux semblants du dialogue social

Mis en ligne le 14 novembre 2004 Convergences Entreprises

« L’accord cadre sur le dialogue social au courrier » que La Poste a signé le 3 novembre avec la CFTC, FO, la CFDT et surtout la CGT (que les récentes élections professionnelles ont confirmé comme première organisation syndicale de l’entreprise) serait d’après la direction elle-même « un accord historique parce que, pour la première fois dans l’histoire de La Poste, un accord social majeur est signé par des organisations syndicales majoritaires (74,1 %) ». A noter que la « filière courrier » emploie plus du tiers des postiers : 134 932 agents (91 865 fonctionnaires, 43 067 contractuels) dont 30 052 dans les CTC (centres de tri) et 111 424 à la distribution.

Ce que prévoit cet « accord historique »

Une série de déclarations de principe mises à part (engagement de la direction à doubler le nombre de promotions en 2005, à revaloriser les métiers, à promouvoir des formations « diplômantes », à lancer un chantier sur l’égalité hommes/femmes et à se préoccuper plus concrètement de la santé des postiers au travail), restent quatre mesures plus quantifiables :

  • la fin du « temps partiel imposé » dans les 2 ans qui viennent ;
  • la transformation de 10 000 CDD en CDI entre 2004 et 2006 ;
  • une prime de 150 euros nets à tous les agents en décembre 2004 et décembre 2005 ;
  • une 4e personne mise sur chaque machine TPF (machines trieuses).

A première vue quelques concessions notables de la direction donc ! Mais voyons d’un peu plus près.

Et ce qu’il contient réellement

La prétendue « fin du temps partiel imposé » est une fin... qui n’en finira pas de sitôt puisque les mesures s’étalent jusqu’à fin 2006. La Poste se permet donc de dire à des milliers de précaires (il y aurait actuellement 12 049 CDI à temps partiel imposé dans la filière courrier) : « désolée, mais pour avoir un salaire entier il faut encore attendre ». Tant pis si leur propriétaire ne se contente pas lui d’un loyer partiel ni leur boulanger de leur faire payer un pain au prix d’une baguette.

Pire, il est dit explicitement que « les modalités de mise en œuvre de cet engagement restent à définir », et un document de la direction stipule que le nouvel emploi à 35 heures pourrait être proposé « dans un rayon de 30 km maxi ». Il va falloir le payer le « privilège » de travailler à temps plein !

De même sur les 10 000 CDD devant passer en CDI « les modalités d’application de la présente mesure devront faire l’objet d’accords locaux quant aux non-recours aux CDD ». Pas si automatique que ça donc le passage en CDI ? En outre, il ne s’agit là que d’un effet d’annonce, La Poste faisant de toute façon déjà passer chaque année des milliers de CDD en CDI, ne serait-ce qu’à cause du turnover et des départs en retraite.

Enfin le texte précise qu’une quatrième personne sera mise sur les « TPF existantes ». Mais alors sur celles à créer ? D’ores et déjà d’ailleurs certains directeurs de centres de tri ont déclaré que la 4e personne serait affectée « à moyens constants », en clair enlevée sur un autre chantier du même centre. Pas d’embauches, donc !

Dans une note « questions / réponses » de la direction, celle-ci précise que les 150 euros sont une prime « qualité ». Pas d’augmentation de salaire non plus donc et la grande majorité des postiers restent sur leur faim (pour donner un ordre d’idée, la majorité des jeunes postiers gagnent à peine 1100 euros par mois). On est donc très loin des 1400 euros nets que revendique la CGT comme salaire minimum pour tous et toutes.

Pourquoi la CGT a-t-elle signé ?

Cet accord ne règle pas le problème des salaires. Cet accord ne règle pas le sort des collègues fonctionnaires bloqués sur Paris. Cet accord ne règle pas le remplacement des agents qui partent en retraite. Cet accord ne dit pas un mot sur le recours à des intérimaires, utilisés et jetés. Cet accord ne règle même pas les questions sur lesquelles il porte puisque il est prévu maintenant de négocier des accords départementaux. Or qui dit accords départementaux dit aussi disparité et différences d’un département à un autre.

Alors pourquoi la CGT l’a-t-elle signé ? Ou, pour poser la question autrement, pourquoi La Poste a-t-elle cherché cette signature ?

Elle n’y était nullement forcée puisque depuis un moment c’est plutôt le calme social dans l’entreprise (d’après La Poste elle-même, le nombre de préavis déposés est passé de 2 218 en 2002 à 1 656 en 2003 pour s’établir à 951 au 30 septembre 2004 ; et le nombre de jours de grève par agent est passé de 0,51 en 2002 à 0,27 en 2004).

Et si elle voulait faire un beau geste envers ses employés, elle n’avait nullement besoin de la signature des syndicats pour le faire.

Oui, mais voilà ! Tout le monde sait que La Poste prépare sa restructuration, que celle-ci va être douloureuse pour les usagers comme pour les postiers, que de nombreux bureaux vont être fermés, que des emplois vont être supprimés, des partants à la retraite non remplacés. Déjà il y aurait eu 35 254 suppressions d’emplois en 4 ans : en 2000 il y avait 301 988 inscrits pour les élections professionnelles, en 2004 il n’en reste plus que 266 734 (chiffres CGT). La Poste préfère donc prendre les devants, accorder quelques petites satisfactions au personnel... et faire ami-ami avec les syndicats dont elle va avoir besoin pour faire passer ses mauvais coups. La Poste le dit d’ailleurs sans fard en estimant que cette signature est « une victoire commune historique », et qu’« elle ouvre la voie à une ère nouvelle : celle de la confiance partagée entre la direction du courrier et les organisations syndicales ».

Et la fédération CGT de La Poste, dans la ligne impulsée par la direction confédérale, a saisi l’occasion de montrer qu’elle était prête à cette politique de collaboration de classe (« A La Poste de jouer, la CGT est prête » : sous-titre d’un tract CGT pour les guichetiers qui appartiennent eux à une autre filière que celle du courrier) en donnant sa signature.

Prudente quand même la direction CGT : seuls les membres de la Commission exécutive fédérale, les secrétaires généraux des syndicats départementaux, et les secrétaires régionaux ont eu leur mot à dire, pas les sections syndicales. Avec la base on ne sait jamais !

12 novembre 2004

Etienne LOUVERTURE et Anne HANSEN


Ambiance

La réunion des secrétaires de section des Postaux parisiens s’est prononcée contre la signature de cet accord qu’elle a jugé largement en deçà des revendications sur les salaires ou la titularisation des contractuels. Malgré donc l’abstention des permanents du syndicat parisien lors de la délibération sur la signature de l’accord au sein de la fédération, la majorité s’est prononcée pour et le considère comme une avancée. Sud a refusé de signer en mettant en avant les mêmes arguments que la CGT parisienne.

Au premier abord d’ailleurs l’accord a été bien accueilli par les postiers de la filière courrier qui n’avaient évidemment aucune raison de faire la fine bouche sur ce qu’on leur donne sans même avoir eu à se battre.

Pourtant certains ont commencé à y regarder à deux fois quand, dans plusieurs centres courrier, c’est le directeur en personne qui s’est précipité pour organiser une assemblée générale du personnel et présenter l’accord dès le lendemain de sa signature. Une hâte pour le moins inhabituelle donc suspecte !

Et là où des syndicalistes critiques ont a leur tour organisé une prise de parole, centre courrier de Nantes par exemple, le ton a peu à peu changé. Les « c’est bon », « faut bien aussi faire donnant-donnant », « on peut pas tout avoir » du début ont parfois été remplacés par des « on se doutait bien qu’il y avait un truc » ou encore « c’était trop beau, ça cachait quelque chose ». Maintenant l’heure semble surtout aux demandes d’explications et de précisions. Mais le piège tendu par La Poste n’est peut-être pas près de fonctionner.

E. L. et A. H.

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